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Dans le Hainaut comme ailleurs, «le premier cancer de l’homme, c’est la prostate»

En France, il touche environ 50 000 hommes par an, en tue 7 500. Le cancer de la prostate, une affection typiquement masculine qui affiche, dans les Hauts-de-France, un taux de surmortalité de 17 % supérieur à la moyenne nationale. Les explications avec Dominique Fossati, urologue à la polyclinique Vauban, à Valenciennes.

Lorsqu’on aborde la question des cancers masculins, de quoi parle-t-on exactement ?
« Le premier cancer de l’homme, c’est la prostate. Le cancer du testicule existe, mais il est beaucoup plus rare. »

À quoi sert la prostate ? 
« C’est une glande située sous la vessie, qui entoure le canal urinaire. Elle fait une trentaine de grammes – la taille d’une noix – et produit les sécrétions séminales qui accompagnent l’éjaculation. La prostate est liée au développement hormonal et joue également un rôle dans la continence (capacité à retenir ses urines). »

Quels sont les hommes les plus touchés par la maladie ?
« L’âge est un facteur important. Un cancer de la prostate à 30 ans, ça n’existe pas. Et diagnostiquer des cas avant 50 ans, ça reste exceptionnel sur une carrière d’urologue. »

Pourquoi, à la différence des cancers du sein ou colorectal, n’existe-t-il pas de dépistage de masse ?
« Parce qu’il n’est pas reconnu d’utilité publique et qu’il reste encore décrié, mais on y viendra peut-être. Il faut dire qu’il y a une quinzaine d’années, les urologues opéraient un peu trop rapidement, or s’il est possible de vivre sans prostate, son ablation peut entraîner des effets indésirables comme l’incontinence ou l’impuissance, qu’on traite aujourd’hui. Les pratiques sont également devenues moins interventionnistes. Lorsqu’un patient vient consulter, il faut en tout cas que le dépistage lui soit proposé. »

Comment diagnostique-t-on un cancer de la prostate ?
« À vrai dire, ce n’est pas simple à diagnostiquer, à traiter et à expliquer. Pour déterminer s’il y a cancer ou pas, il faut doser le PSA (pour antigène prostatique spécifique) dans le sang, faire un toucher rectal et une IRM (imagerie par résonance magnétique). L’échographie seule ne permettra pas d’établir un diagnostic. »

Quels sont les traitements possibles ?
« On peut proposer de la surveillance active, à savoir des examens réguliers sans opération. D’autres traitements existent comme la curiethérapie (grains radioactifs à l’intérieur de la prostate), la radiothérapie, la chirurgie. Les ultrasons sont en cours de développement et constituent une avancée majeure. C’est l’avenir, car cette technique permet de traiter une zone définie de la prostate qui, sous l’effet des ultrasons, va se nécroser. À la polyclinique, nous avons fait l’acquisition d’un appareil spécifique et proposé ce type d’intervention à une centaine de patients depuis quatre ans. »

Les campagnes de sensibilisation telles que Movember ont-elles un effet positif ?
« Oui, sur le grand public notamment. »

Comment expliquez-vous le taux de surmortalité enregistré dans la région ?
« Il n’est pas lié au cancer de la prostate, mais aux facteurs environnementaux. Il peut aussi y avoir un retard de diagnostic ou un défaut d’information. »

©  La Voix du Nord  - Marie Delattre . Publié le 03/11/2019