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Avec l’adoption de la PMA pour toutes, cette méthode, qui permet de conserver ses gamètes en vue d’une grossesse future, va s’ouvrir à l’ensemble les femmes. Décryptage.

C’est quoi au juste ?
Cette procédure permet de congeler les ovocytes – les cellules reproductrices féminines stockées dans les ovaires et expulsées chaque mois dans l’utérus en vue d’une fécondation – en les vitrifiant, c’est-à-dire en les plongeant dans de l’azote liquide à – 196 °C. On parle aussi d’autoconservation des ovocytes. L’objectif ? Permettre aux femmes d’en faire un usage ultérieur, donc de prolonger leur fertilité.


A qui s’adresse-t-elle ?
En France, cette technique était jusque-là réservée aux femmes qui donnaient leurs ovocytes « et à celles dont la fertilité était altérée pour des raisons médicales, comme le cancer, l’endométriose ou des séquelles de chirurgie », explique le Dr Lison Stefani-Morcillo, gynécologue obstétricienne à la clinique Bouchard Elsan, à Marseille.
Mais depuis l’adoption du projet de loi de bioéthique par l’Assemblée nationale en juillet dernier, la vitrification des ovocytes s’élargit en France à toutes les femmes. Celles qui veulent s’assurer de pouvoir tomber enceinte ultérieurement, à un âge où les chances de procréer baissent (après 35 ans), vont pouvoir légalement y avoir recours. Il faudra cependant attendre l’application de la nouvelle loi de bioéthique, présentée en deuxième lecture au Sénat au plus tôt en janvier 2021. Jusqu’à présent, les Françaises se rendent dans d’autres pays d’Europe où la démarche est autorisée depuis longtemps. Citons en particulier la Belgique et l’Espagne, où les cliniques spécialisées dans la procréation assistée fleurissent…

Comment ça se passe ?
Avant toute démarche, il faut prendre rendez-vous avec son gynécologue ou dans un service d’assistance médicale à la procréation. « Après avoir évoqué les antécédents médicaux de la patiente, ainsi que les éventuels traitements ayant pu altérer sa réserve ovarienne, on décide ou non de procéder à la  préservation des ovocytes », témoigne le Dr Stefani-Morcillo. Après une échographie et des dosages hormonaux, s’ensuivent, dès les premiers jours du cycle, des injections quotidiennes d’hormones qui stimulent les ovaires. Le but : faire pousser plusieurs follicules à la fois, au lieu d’un seul lors d’un cycle normal, afin de recueillir un maximum d’ovocytes, qui seront congelés.


Combien de temps ça dure ?
Pendant dix à quinze jours, on se fait soi-même (ou l’on recourt à une infirmière) des injections sous-cutanées folliculo-stimulantes, avec une surveillance échographique tous les trois jours environ. Une démarche assez chronophage, plus ou moins bien supportée selon chacune, car il peut y avoir des effets secondaires : sautes d’humeur, douleurs abdominales, bouffées de chaleur… « Quand la taille des follicules ovariens (qui contiennent les ovocytes) convient, on déclenche l’ovulation à l’aide d’hormones et, deux jours après, on récupère les ovocytes libérés par voie vaginale. L’intervention, réalisée sous anesthésie locale ou générale, dure entre cinq et dix minutes. Enfin, au laboratoire, à l’aide d’un microscope, on congèle les ovocytes recueillis par vitrification », explique l’obstétricienne.


Et le jour où un projet d’enfant se concrétise ?
Pour récupérer ses ovocytes, il n’y a pas de limite d’âge clairement fixée, sachant cependant qu’une PMA est prise en charge jusqu’à 43 ans. A ce moment, l’équipe médicale refait le point sur la fertilité. La raison ? « Si c’est possible, on essaie d’utiliser des ovocytes frais, qui restent de meilleure qualité. Dans le cas contraire, on récupère ceux qui sont vitrifiés – en général, il y a une perte de 20 % lors de la décongélation – pour procéder à une fécondation in vitro », précise la gynécologue.
Le sperme vient alors du conjoint ou, pour les célibataires et les couples homosexuels, d’un don. Si l’on n’utilise jamais ses ovocytes congelés, on peut décider de les donner ou de les détruire.


Quelles sont les chances de succès ?
Tout dépend de la fertilité « naturelle » de la femme, de son âge… Il n’y a jamais 100 % de chances de tomber enceinte ! Encore moins dans le cadre d’une PMA effectuée avec des ovocytes vitrifiés. Attention aussi aux statistiques avancées par des cliniques spécialisées à l’étranger, souvent gonflées… Une chose est sûre : mieux vaut avoir recours à la congélation le plus tôt possible. « Entre 25 et 35 ans », précise la spécialiste. A cet âge, les ovocytes sont de « meilleure qualité » et plus nombreux après stimulation. Les études actuelles montrent aussi que les FIV réalisées avec des ovocytes congelés n’entraînent pas plus d’anomalies foetales qu’avec des ovocytes frais.


Combien ça coûte ?
Il faut compter entre 2 000 et 3 000 € de la stimulation ovarienne à la congélation. Cet acte sera désormais remboursé à 100 % par l’Assurance maladie lorsqu’il est réalisé dans des centres publics ou privés à but non lucratif. Ça ne sera évidemment pas le cas s’il est pratiqué à l’étranger. Les cliniques spécialisées espagnoles ou belges facturent environ 2 000 € pour le recueil des ovocytes et leur vitrification, auxquels s’ajoutent les frais de transport et d’hébergement.


A savoir aussi : plusieurs tentatives sont généralement nécessaires afin de récolter un nombre suffisant d’ovocytes (de quinze à vingt). Dans le scénario « au-delà de nos frontières », la stimulation ovarienne est réalisée en France avec l’aide d’un gynécologue qui donne son feu vert pour partir lorsque les ovocytes sont « mûrs ».

© Version Femina, Julie Pujols-Benoît, 30/09/20