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Dès le début de la crise sanitaire, la clinique Océane à Vannes a mis le paquet pour prêter main-forte au Centre hospitalier Bretagne Atlantique, dans l’accueil des patients atteints de la covid-19. Aujourd’hui, l’heure est à la reprise, même partielle des activités, pour limiter la casse sur le plan financier.

« Toutes les personnes de la clinique, salariés, médecins ou partenaires se sont investis pleinement et ont eu un état d’esprit exemplaire pendant la période de crise et maintenant, au moment de la reprise. C’est un très bel investissement », assure Wilfried Harsigny, directeur de la clinique Océane, à Vannes.
« Toutes les personnes de la clinique, salariés, médecins ou partenaires se sont investis pleinement et ont eu un état d’esprit exemplaire pendant la période de crise et maintenant, au moment de la reprise. C’est un très bel investissement », assure Wilfried Harsigny, directeur de la clinique Océane, à Vannes.

 

Entretien

Wilfried Harsigny, directeur de la clinique Océane, à Vannes.

Création d’un service réanimation, formation des soignants… La clinique Océane a opéré une importante mutation, afin d’accueillir des malades de la covid-19. Combien de patients ont été et sont encore pris en charge ?

Nous avons accueilli sept patients en réanimation, dont deux actuellement. En médecine, nous en avons pris en charge trente-quatre, dont trois sont encore dans notre service. Nous avons également eu à déplorer quatre décès.
 

C’est moins que prévu au regard de ce qui a été mis sur pied (16 lits de réanimation et 24 de médecine). La fameuse vague aurait-elle été surévaluée ?

On ne sait pas si cela a été surévalué, mais c’est peu par rapport à d’autres régions. Nous avons été très tôt concernés avec un premier cas, fin février. Cela a permis de se préparer bien en amont.

Comment s’est passé la collaboration avec le Centre hospitalier Bretagne Atlantique (CHBA) et quel bilan en tirez-vous ?

La situation a fait que nous avons beaucoup partagé et échangé avec le CHBA. Nos équipes médicales ont beaucoup travaillé ensemble. Aujourd’hui, c’est bien et nous allons continuer comme ça. Dans quelques mois, nous verrons si cette collaboration est le fruit d’une nouvelle façon d’organiser la prise en charge sur le territoire ou si elle était liée au covid. Si on partage des projets médicaux ensemble, ça voudra dire qu’on a vraiment profité de l’occasion pour avoir une vision différente des uns et des autres. Il y a eu un beau travail collectif qui dépasse le CHBA et nous. Pour la première fois, j’ai eu l’impression qu’Océane faisait partie du groupement hospitalier de territoire.

La transformation de l’Unité de soins continus n’a pas été difficile, vu qu’il s’agissait de l’ancien service de réanimation fermé en 2009. Y voyez-vous l’opportunité de retrouver cette autorisation ?

C’est l’opportunité de montrer que dans certaines situations, c’est utile pour la prise en charge des patients sur le territoire. Pour l’instant, nous avons cette autorisation jusqu’en octobre. Nous verrons en échangeant avec l’Agence régionale de santé (ARS) et les équipes médicales de l’établissement s’il y a nécessité de demander une prolongation.

Opérations programmées, consultations… Toute une partie de l’activité de la clinique est en suspens depuis plusieurs semaines. Quelles sont les conséquences pour les patients ?

On a maintenu la prise en charge des urgences, pas forcément vitales. 150 personnes ont été opérées chaque semaine. C’est peu au regard des 700 habituelles, mais il n’y a pas rien eu. Ce qui était important a été fait.

Qu’en est-il des pertes économiques ?

Elles seront majeures pour l’établissement, comme pour nos partenaires et médecins libéraux. Il est difficile d’en apprécier le degré. On sait qu’on ne sera pas indemnisés pour tout. La première enveloppe de 13 millions d’euros donnée par l’État à l’ARS de Bretagne, pour indemniser les établissements ayant mis en place des moyens supplémentaires dans cette crise, a été répartie à hauteur de 97,5 % pour le public et 2,5 % pour le privé [N.D.LR. Sollicitée à ce sujet, l’ARS n’a pas répondu à nos sollicitations]. Ce n’est pas en adéquation avec ce qui a été fait. Cette première tendance laisse planer un sentiment d’inquiétude et de flou sur la manière dont on va nous indemniser.

Comment comptez-vous remettre les comptes à flot, alors ?

L’année sera plus difficile. Ce qui est perdu est perdu. L’exercice 2020 sera compliqué. Le curseur de gravité dépendra de l’accompagnement de l’État. Mais la clinique ne va pas fermer. Nous sommes un secteur où il y aura toujours de l’activité. Il y aura toujours des gens à opérer.

Aujourd’hui, l’activité peut-elle reprendre à 100 % ?

Cette semaine, l’activité a repris pour les patients déprogrammés voilà un ou deux mois. Nous reprenons ce qui ne peut plus attendre de façon progressive, comme les activités de dépistage et diagnostiques. Les praticiens priorisent en fonction du degré d’urgence ou de l’avancée de la pathologie. Notre inquiétude va plus vers les patients qui attendent trop longtemps. La reprise se fait avec les mesures barrières et la distribution des curares par l’ARS. Cela ne nous permet pas de reprendre à 100 % (Lire ci-dessous). Sans nouvelle vague, nous pourrions revenir à une activité normale en septembre.

La clinique s’est donc réorganisée pour la reprise. Mais en cas de deuxième vague ?

Nous avons tout cela en tête. Nous sommes prêts à reprendre en charge des patients, tout en gardant une réversibilité possible. Je me suis engagé à transformer, à nouveau, la clinique sous 48 heures, en cas de besoin.

Des opérations programmées le samedi ?

Cette crise sanitaire n’épargne pas non plus les médecins libéraux qui exercent au sein de la clinique. « Certaines spécialités ont arrêté leur activité avec les conséquences économiques que l’on imagine, explique Wilfried Harsigny, le directeur de la clinique Océane. Le système d’indemnisation prévu pour eux ne semble pas très ambitieux. » La reprise, comme pour l’ensemble de la clinique (lire ci-dessus) ne se fera pas non plus à 100 %, notamment avec l’application des mesures barrières.

Actuellement, 85 chirurgiens exercent au sein de la clinique. L’idée de leur ouvrir les portes le samedi n’a pas encore été tranchée. « C’est une question qui se pose et à laquelle nous n’avons pas encore répondu. Avant d’ouvrir le samedi, il faut déjà reprendre largement les activités. » Le hic ? La clinique ne peut plus accueillir autant de patients : « A raison d’un patient par chambre, notre capacité est de 70 %. » Reste aussi le problème des curares. « Ces molécules, qui servent à opérer les patients mais également en réanimation, sont gérées par l’État et redistribuées par l’ARS, en fonction de notre stock. » Donc, même si c’était possible, il faudrait également avoir suffisamment de ces molécules pour réaliser plus d’opérations.

Un protocole précis

Chaque jour, deux personnes accueillent les patients à l’entrée de la clinique. Et il faut montrer patte blanche. Après le lavage des mains au gel hydroalcoolique, la personne indique la raison de sa venue et se voit remettre un masque à porter de suite. Les futurs opérés sont appelés la veille de leur opération. Chaque chambre est attribuée à un seul patient… Au fil de l’évolution de la crise, certaines mesures sont renforcées et d’autres évoluent. « Nous mettons en place des procédures adaptées. »