Actualités

Dans le bloc opératoire numéro 2 du centre Clinical de Soyaux, l’anglais avait remplacé le français hier.

Le Dr Keyvan Mostofi opérait quatre hernies discales sous bonne garde, celle du Dr Lokas Krzysztof, un confrère polonais, spécialiste de la technique que le neurochirurgien charentais utilisait hier pour la première fois. Une chirurgie mini invasive réalisée par endoscopie.

« L’hernie discale est difficile à opérer avec les techniques classiques car elles nécessitent une incision d’au moins 4–5 cm. Or plus elle est grande, plus les risques d’infection et la douleur sont importants, prévient le Dr Mostofi. L’endoscopie est arrivée depuis quelques années sur le marché mais peu de gens l’utilisent. Les Allemands par contre sont très en avance. » Lui-même a exercé à Hanovre, avant d’arriver à Bordeaux puis en Charente. « Cette méthode-là, c’est de la full endoscopie (endoscopie complète), autrement dit une chirurgie quasiment fermée. L’incision fait moins d’un centimètre. »

Suffisant pour passer une petite caméra puis insérer les instruments à travers la peau, le muscle puis l’os afin d’atteindre l’hernie discale et de l’enlever. De quoi, au début, perturber les repères du médecin, habitué à regarder le dos du patient qu’il vient d’ouvrir et non un écran sur lequel sont projetées les images de la mini-caméra. D’où la présence de l’expert polonais, qui, chez lui, opère six hernies par jour avec cette technique. Hier, il a pas à pas montré les bons gestes à son confrère charentais. Manipulé avec lui les forets de différents diamètres pour se frayer un chemin minutieux jusqu’au disque de la colonne vertébrale et les crochets destinés à enlever des morceaux d’os ou de disque.

Centre référent en France

Le matériel est fabriqué par Max More, un laboratoire allemand. « Pour l’heure, seul un chirurgien parisien l’utilise de temps en temps par le biais d’une location, souligne Jonathan Chancel, chef de produit chez France Rachis, qui distribue le matériel. En revanche, il est beaucoup employé en Colombie, en Allemagne, en Corée ou en Chine. » Pour l’heure, il est en test au centre Clinical mais l’établissement, « qui veut développer la neurochirurgie » dixit le directeur Stéphane Chabanais, envisage de s’équiper. « Ce serait le premier établissement français à l’acquérir, faisant alors de lui le centre référent en France », salue Jonathan Chancel. Un moyen d’endiguer la fuite des patients vers Bordeaux.

D’autant que les malades peuvent rentrer chez eux le jour même.Plus besoin de rester hospitalisés quelques jours. « L’ouverture étant petite, il y a moins de délabrement. La récupération est donc meilleure, environ trois semaines contre six avec une technique classique », poursuit-il. Dans un futur proche, le Dr Mostofi envisage de pratiquer ces opérations sous anesthésie locale.

ll est arrivé à la clinique à 6h45 et a pu rentrer chez lui en fin de journée, hier. Mathieu Brin, 35 ans, était le tout premier patient opéré d’une hernie discale par le biais d’une chirurgie mini invasive. « J’ai une toute petite cicatrice dans le bas du dos, c’est mieux que d’avoir une grosse balafre, souligne le jeune chauffeur de poids lourds et cariste. En plus, ce qui me faisait peur, c’était de rester paralysé. » Voilà un an que l’hernie discale lui pourrissait la vie. Des séances de kiné avaient apporté un léger mieux « mais ça n’a pas duré ».

« Je ne peux plus travailler parce que la douleur descend même dans la jambe. » À tel point que le jeune homme doit marcher avec des béquilles et est en arrêt de travail depuis mars. « J’ai fait mes examens ici. Quand j’ai su que je pouvais me faire opérer ici, je n’ai pas hésité. C’est mieux que d’aller galoper à Bordeaux dans mon état. » L’opération lui a été proposée il y a un mois. Il espère désormais reléguer ses béquilles au garage et reprendre le boulot dans un mois ou deux.

 

©Charente Libre, le 24 août 2020 - Par  Lénaëlle Simon
©Photo : Julie Debois, Charente Libre, le 24 août 2020. Le Dr Krzysztof (à gauche) a assisté le Dr Mostofi dans l’utilisation de ce matériel allemand.