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RÉANIMATION

Virginie, 34 ans, infirmière à la clinique nîmoise des Franciscaines est au cœur du «tsunami ».

« Je n’avais jamais vécu ça »

 

Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, a rappelé jeudi dernier la cruelle réalité du Covid 19 : « Un patient sur quatre qui entre en réanimation ne survivra pas. » Infirmière de “réa” à la clinique des Franciscaines à Nîmes, Virginie Dezoteux, 34 ans, maman de deux jeunes enfants, est aussi témoin d’une autre réalité, vécue au printemps dernier. L’histoire de Christophe, 54 ans, un habitant de Bar-le-Duc hospitalisé deux mois aux Franciscaines, resté trois semaines et demie entre la vie et la mort dans la chambre 3, surpris de se réveiller à Nîmes : « On a vécu quelque chose de très fort. »

Christophe, qui continue à donner et prendre des nouvelles, c’est la réalité palpable de cette première vague qui a surtout consisté à rester sur le qui-vive pour les soignants gardois : « On était opérationnels, mais on ne savait pas à quoi s’attendre », explique Virginie Dezoteux.

On a la chance de ne recevoir que des patients endormis, de ne pas voir l’angoisse dans leurs yeux

Aujourd’hui, « c’est un tsunami ». L’unité de réanimation de l’établissement, redimensionnée à 12 lits, est pleine, comme les cinq lits de soins continus alors que « la moitié des blocs de la clinique ont été fermés », souligne la directrice Emmanuelle Segalowitch, qui attend avec appréhension « un pic annoncé le 10 novembre ».

« Je n’avais jamais vécu ça », confie Virginie Dezoteux, dix ans de métier dont neuf en “réa”, un service intégré un peu par hasard parce que sa cadre de santé lui dit qu’elle est « faite pour ça ». Elle y a vécu des échecs et de belles victoires, avec Christophe comme avec ce patient de 37 ans arrivé avec une dissection aortique et finalement rentré chez lui. Aujourd’hui, elle dit vivre au jour le jour, « c’est très compliqué avec la pression. On fait ce qu’on sait faire, et on se dit que si on a réussi à sauver Christophe, on peut le faire avec les autres. Il faut être cohérent dans nos soins, étaler la charge de travail, ne pas se fatiguer et s’user, travailler en équipe, on est soudés. » Il faut aussi composer avec une organisation perturbée par les arrêts maladie, « on demande beaucoup de flexibilité à l’équipe », reconnaît Emmanuelle Segalowitch.

Un patient Covid n’est pas un patient de réanimation comme un autre : « Ce sont des malades beaucoup plus lourds. Hier, ma collègue est restée plus de deux heures dans une chambre, avec un équipement très contraignant, le masque, les lunettes, la blouse… on sort trempés », dit Virginie Dezoteux. Comment sortira-t-elle du “tsunami” dont elle semble se protéger ? Chez elle, en famille, on ne diabolise pas le virus, il est « vert fluo avec un demi-sourire » sur les dessins des enfants. Ici, à la clinique, « on a la chance de ne recevoir que des patients endormis. On ne voit pas cette angoisse dans leurs yeux que me racontent des collègues », confie la jeune femme. Elle imagine qu’après, « on verra les gens différemment, on vivra différemment ». « Peut-être » qu’elle « arrêtera la réa ou continuera à avancer ».

 

© Midi Libre, 09/11/20 par Sophie Guiraud et Jean Noté

© Photo : Michaël Esdourrubailh