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Quelle est la situation à la cli­nique du Pont de Chaume à une semaine du déconfine­ment ?

Dr Ludovic Viart - À l'aube du déconfinement l'on est tou­jours en plan blanc. L'on a réorganisé la clinique pour conti­nuer à accueillir les patients Covid mais aussi être en me­sure de prodiguer des soins à des patients qui sont sur le bord du chemin depuis deux mois et sont aujourd'hui en at­tente de soin.

Cela se fait en concertation avec les autres établissements médicaux ? 

Dr Jean-Michel Sab - Oui, l'on avancera conjointement dans les attitudes et les aug­mentations d'activité. La re­prise d'activité sera différente entre les établissements qui se­ront amenés à garder une acti­vité Covid (hôpital de Montauban et clinique du Pont de Chaume) et les établissements non-covid. En fait, l'une des grandes difficultés c'est de sa voir comment l'on va classer les patients à partir du moment ou l'on va commencer à les tes­ter. Nous portons une grande attention pour ne pas qu'il y ait de contamination entre pa­tients, c'est une notion très im­portante.

Le but est de retrouver une activité normale ?

LV — Cela ne sera possible qu’à la levée du plan blanc et pour l’instant l’on n’a pas de date. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a des patients qui n’ont pas le Covid et qui sont en attente de soins. Et plus on avance dans le temps, plus cela devient urgent. Il va donc falloir prendre soin de bien connaître le statut des patients. Une des clés c’est le dépistage massif, mais pas la seule. On a donc organisé notre clinique avec un secteur Covid qui perdurera. C’est très important.

Les cliniques non-covid pourraient donc retrouver un fonctionnement normal ?

LV — Ça, on ne peut pas répondre, mais l’ARS a largement diffusé la nécessité                                                                pour chaque établissement  de santé de pouvoir accueillir des patients Covid et non-covid. C’est un travail que chaque établissement de santé doit effectuer pour garantir une sécurité en termes de transmission du virus.

JMS — D’autant que l’on doit garder à l’esprit qu’une seconde vague peut apparaître.                Il faut que l’on soit en mesure dans un délai raisonnable de faire totalement marche arrière et remettre à disposition les mêmes moyens que ceux dont on a disposé précédemment. Il faudra être très prudent.

On a l’impression que le manque de connaissance de la maladie vous amène à ne prendre aucun risque ?

JMS — Il y aura des patients Covid qui auront besoin d’autres soins, des patients non-covid qui auront besoin de soin et peut-être même des patients qui auront été Covid... Tous ces éléments sont en cours de réflexion pour créer des circuits sécurisés qui offrent, à terme, le niveau maximum de possibilité de soins pour tous ces patients.

LV — L’établissement met en œuvre l’ensemble de règles élémentaires et les cabinets médicaux également. La clinique ne va pas être réouverte comme avant.

Le moral est bon au sein de vos équipes soignantes ?

JMS — Le moral est bon, les gens étaient prêts. On a certains de nos soignants qui sont partis aider à Colmar ou à Paris. Ils nous font des retours d’expérience très utiles et nous permettent de bien percevoir la chance que l’on a eue de ne pas être dans la situation qu’ont pu vivre les établissements d’Ile-de-France, du Nord ou de l’Est. Mais si l’on parle beaucoup du travail en «réa» Covid, il ne faut pas oublier les autres. Quand l’on dit qu’il y a 3500 patients en réanimation Covid en France il ne faut pas oublier qu’il y a aussi 3500 patients non-Covid. C’est une activité réanimation moins médiatique parce qu’elle est moins brutale, mais le quotidien continu.

Y a-t-il toujours des tensions au niveau du matériel et des médicaments ?

LV — C’est sous contrôle. On est vigilant, il y a des alertes sur certains médicaments, mais c’est bien géré. Il y a certains médicaments sur lesquels l’on n’a pas une visibilité à trois semaines, mais cela a été bien identifié. Les pharmacies ont été réactives et on a modifié nos pratiques dès que l’on a pu.

Quelle expérience retirez-vous des malades Covid traités en réanimation ?

JMS — C’est difficile d’en parler, il y a des patients qui vont très vite très mal et qui décèdent. Et puis il y a des patients qui restent très longtemps dans des services de réanimation parce que cette maladie impacte l’ensemble de l’organisme. Elle met les gens à plat, laisse des séquelles que l’on découvre jour après jour. Des problèmes de coagulation, des problèmes neurologiques... Ces patients restent très longtemps dans ces unités de réanimations en conservant l’espoir de les voir en sortir.

LV — C’est une maladie que l’on ne connaît pas. Quelles seront les séquelles des patients graves, aujourd’hui aucun expert n’est capable d’y répondre. Il faut être très vigilants et être humble pour avoir plus de réponses. Très probablement ils auront des séquelles pulmonaires, mais c’est difficile de dire comment cela évoluera.

C’est vraiment une nouvelle maladie...

JMS — Totalement. Je n’ai pas connu de maladie virale approchante. Il y a eu des grippes graves chez des patients non vaccinés et, bien évidemment, ils pouvaient décéder. Mais quand ils passaient le cap alors il n’y avait pas ce cortège d’incidences que l’on voit dans cette maladie-là.

On constate une décrue importante du nombre de cas admis en réanimation Covid au niveau régional. Êtes-vous optimiste pour la suite ?

JMS — En France, oui, très nettement. C’est quelque chose de très encourageant, les admissions en «réa» traduisent les cas nouveaux 15 jours avant. Vous avez une période asymptomatique, le syndrome grippal, la pneumopathie et puis la réanimation et tout cela prend 15 jours. Donc la réanimation traduit avec du retard l’évolution de l’épidémie.

Depuis le début de la crise sanitaire, avez-vous rencontré de mauvaises surprises auxquelles vous ne vous attendiez pas ? On parle notamment de la maladie de Kawasaki chez des enfants ?

LV — La maladie de Kawasaki, c’est une complication fréquente et habituelle des maladies virales. Beaucoup de maladies virales peuvent donner des formes graves avec des manifestations notamment cardiaques comme la maladie de Kawasaki. Ce qui grève le pronostic, c’est quand le virus s’introduit dans les muscles cardiaques. Il n’est donc pas étonnant qu’il puisse y avoir des syndromes de Kawazaki avec le Coronavirus. Après il faut quand même rassurer la population. Le Covid-19 touche de manière exceptionnelle les enfants et de manière encore plus exceptionnelle il peut se traduire par un syndrome de Kawasaki. C’est une alerte qui a été donnée par l’AP-HP de Paris, mais à Toulouse il ne semble pas y avoir ce genre de problèmes et le pronostic est très bon.

Qu’est-ce qui fait qu’un patient sera hospitalisé en soins intensifs plutôt qu’à son domicile ?

LV — Ça dépend de la gravité clinique, mais c’est pareil pour la grippe. À partir du moment où vous avez une gêne respiratoire importante qui nécessite de l’oxygène, alors c’est un critère d’hospitalisation. Et si le débit d’oxygène doit être très important, voire une assistance respiratoire, alors il faut être hospitalisé en soins critiques. Fort heureusement, la majorité des cas Covid peuvent être traités à domicile.

Aujourd’hui, sait-on comment on guérit du Covid-19 ?

LV — On a une immunité qui au contact du virus va produire des anticorps et c’est grâce à eux que l’on va guérir du Covid.

JMS — Par contre, ce dont on n’a pas la certitude, c’est de savoir si cette immunité empêche la réinfection.

Les urgences non-Covid sont revenues à la normale?

JMS — Ça se réchauffe.

LV — Il y en a plus qu’au mois de mars donc on voit aussi moins de cas graves. Les gens n’osaient pas sortir de chez eux, mais ils ont fini par venir. Maintenant, l’on est dans la normale. Ce n’est pas parce qu’il y a une épidémie de Covid qu’il y a moins de risque de faire un infarctus ou une infection quelconques. C’était inquiétant de voir diminuer le taux d’admissions aux urgences.

JMS — Et c’est parallèle à la reprise d’activité dans la médecine de ville. Il ne faut pas attendre pour consulter, il faut continuer avec ce message-là. On voit réapparaître un nombre d’urgences plus important et c’est mieux comme ça, il faut inciter à la reprise des soins. C’est cet équilibre qui est un travail d’acrobate pour les médecins, mais aussi pour les gestionnaires d’établissement.

Craignez-vous un rebond de l’activité en été, au pire moment ?

JMS — Si on regarde les autres coronavirus, parce que des coronavirus il y en a plein, on remarque globalement des notions de saisonnalité. Est-ce que le Covid-19 va suivre le même schéma ? Va-t-il suivre celui du SRAS qui s’est éteint tout seul, mais ne s’était pas disséminé sur toute la planète ? Tout cela est plein d’inconnues. En revanche l’on peut espérer qu’avec l’été il y ait moins de confinement, il sera plus simple de respecter les mesures barrières.

LV — Les endroits dangereux sont ceux où il y a une promiscuité très importante, par exemple les transports en commun.

La grippe pourrait-elle être une « victime » collatérale du Covid ?

JMS — Il va sûrement y avoir une réflexion différente sur la vaccination. Si les épidémies de grippe existent encore, c’est que le pourcentage de personnes vaccinées chez lesquelles ce n’est pas obligatoire est très bas. Je pense que la sensibilisation et la possibilité d’une co-infection grippe-covid, comme il en a eu au début de l’épidémie, seront des éléments pour empêcher la contagion grippale. Après il y aura des réflexes qui vont perdurer et des enfants qui vont grandir avec ces notions-là que l’on n’avait pas à leur âge.

Vous avez la crainte d’une deuxième vague suite au déconfinement ?

LV — Non ce n’est pas de la peur, mais il faut être préparé à accueillir des patients. Ce qui est sûr, c’est qu’en France, y compris dans les territoires en tension, on n’a pas du tout d’immunité collective. On est entre 6 et 7 % d’immunité c’est trop peu, on est très loin de 65-70 % nécessaire. Aucune région n’est à l’abri d’une deuxième vague.

Il faudra apprendre à vivre avec le Covid ?

LV — La réponse c’est «oui», bien évidemment. Il faut être prêt à recevoir des patients et peut-être refaire ce que l’on a déjà fait une fois, c’est-à-dire mettre à l’arrêt le pays. On n’a aucune garantie que cela ne se reproduisent pas. Seul un vaccin efficace nous mettra à l’abri, mais ce n’est pas avant un an, même en accélérant la recherche clinique En attendant, il faut accepter le risque, que l’on vive avec ça. Il n’est pas possible de paralyser le pays plus longtemps parce que cela aurait des conséquences économiques, éducatives trop importantes. Mais il faut être prêt à agir.

Interview publiée le Samedi 9 mai dans Le Petit Journal du Tarn-et-Garonne