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« Soixante lits de réanimation sont disponibles dans les cliniques privées du Grand Est et on ne fait pas appel à eux ? C'est quoi cette folie ? » s'interroge le Dr Marty, alors que les patients sont reroutés en hélicoptère sur Toulon… À 600 kilomètres de là. Encore une fois, le manque de masques est en cause ! « À Strasbourg, les cliniques ont des places libres mais nos personnels n'avaient jusqu'à présent ni masques ni tenues. Nous ne pouvons les envoyer au front sans protection », explique Lamine Gharbi, président de la fédération de l'hospitalisation privée (FHP).

À Strasbourg, le problème a été réglé mardi matin… mais il reste entier dans toute la France. Alors que le privé se mobilise et libère 4 000 lits pour accueillir de nouveaux malades, il manque cruellement de masques pour protéger ses personnels. « Nous n'avons que 48 heures de stocks. Les masques sont livrés aux CHU par les autorités, mais ne nous sont pas redistribués derrière. Il faut que les pouvoirs publics nous approvisionnent directement », alerte Lamine Gharbi.

« Il y a trois fabricants désormais en France, je reste surpris que ce soit encore un sujet », s'étonne Pascal Roché, directeur général du groupe Ramsay Santé. « C'est incompréhensible, s'alarme aussi Thierry Chiche, patron d'Elsan. Non seulement le ministère ne nous donne pas de masques, et ceux que mon service achats a réussi à commander en Inde ne sont toujours pas arrivés. »

Or, il y a urgence. Car le privé - qui accueille 7 millions de patients dans ses blocs opératoires chaque année et réalise 60 % des actes de chirurgie en France – constitue une vraie force pour épauler les hôpitaux publics saturés.

Depuis le passage en stade 3 vendredi, les établissements privés ont déclenché le « plan blanc » : ils ont déprogrammé 100 000 interventions au bloc prévues cette semaine, et autant la semaine prochaine, maintenant seulement 25 000 patients urgents. « Nous avons ainsi réussi à libérer entre 20 et 40 lits d'hospitalisations pour des patients atteints du Covid19 dans quelque 800 établissements privés », indique Lamine Gharbi.
 

« Pas de place pour les querelles de clocher »

« Sur 250 lits de réanimation, 90 ont été libérés et nous sommes en train de mobiliser 500 lits de soins critiques  », indique Pascal Roché. Même effort chez Elsan, qui a transformé des unités de soins continus en soins intensifs, créé 240 lits supplémentaires, soit une hausse de 200 % de ses capacités normales. « C'est une transformation d'organisation très forte, avec une mobilisation remarquable de nos équipes soignantes », indique Thierry Chiche. Dans le Grand Est et le nord de l'Île-de-France, le groupe est « déjà en première ligne avec des patients Covid, accueillis par des équipes soignantes d'un dévouement et d'un engagement total, certains continuant à travailler alors qu'ils sont eux-mêmes contaminés », poursuit son président.

Tout l'enjeu est de faire travailler ensemble public et privé, une vieille gageure ! « Quand on est en guerre, il n'y a pas de place pour les querelles de clocher, il faut se serrer les coudes, car on aura besoin de tous les bras ! », conclut Thierry Chiche.

 

©Le Figaro 19/03/2020 - par Marie-Cécile Renault @Firenault