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Patrick Bauwen
 

Son dernier opus, "l'Heure du diable", est très inspiré de son quotidien.

« En tant que médecin, je sais pourquoi je me lève le matin. Et en tant qu’écrivain, je m’amuse. » Patrick Bauwen — alias Patrick Bousquet — a deux vies. La semaine, il soigne des patients au sein du service d’urgence de la clinique Conti à L’Isle-Adam. Mais lorsqu’il est chez lui, à SaintPrix, il écrit. Et il est lu. Ses polars se vendent ainsi à 40 000 exemplaires… A 51 ans, Patrick Bauwen ne renoncerait pour rien au monde à cette double vie professionnelle. Mais ses lecteurs ne savent sans doute pas combien ses deux activités sont imbriquées. Les Val-d’Oisiens, eux, risquent fort de le découvrir en lisant « l’Heure du diable », son dernier opus, qui vient de sortir. L’ultime épisode, qui met un terme à la trilogie infernale commencée avec « le Jour du chien » (2017), est en effet ancré dans le territoire, et surtout construit autour de personnages du cru. « J’utilise les endroits où je vais tout le temps », reconnaît l’écrivain.

Une scène de crime à la Patte d’oie d’Herblay

Dans ce nouveau tome, Chris Kovak, le héros médecin, est devenu agoraphobe. Il se met donc à exercer en téléconsultation et vit reclus dans sa maison de Saint-Prix. Le roman s’ouvre en outre sur une mort tragique. Le corps d’une femme déguisée en sorcière est percuté par un RER entre Coye-la-Forêt et Chantilly, dans l’Oise voisine. Une autre mort suspecte viendra jalonner l’intrigue, cette fois-ci à la Patte d’oie d’Herblay, là où l’auteur va faire son shopping quand il en a besoin. Au fil des pages, vous croiserez aussi nombre d’hommes et de femmes qui, dans la réalité, ne se situent pas loin de chez vous. « Je prends beaucoup de personnages du monde réel, que je travestis peu », explique l’auteur. « Il y a des gens de ma famille qui ne se reconnaissent pas spécialement. Mais la plupart du temps, les gens le savent. Je leur demande avant de les intégrer dans l’histoire avec un nom qui ressemble au leur. Et je les crédite même à la fin. » C’est le cas par exemple de l’une des médecins de l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) basé à Pontoise, institut dans lequel Patrick Bauwen a même effectué un stage. Et bien sûr, l’une de ses principales sources d’inspiration, c’est cette clinique dans laquelle il passe plus de 50 heures par semaine, en tant que chef de service. Ses collègues sont nombreux à se retrouver dans ses polars. Les situations, les répliques, Patrick Bauwen est à l’affût de tout. Au quotidien, il note ces détails qui nourriront ses prochaines créations. « Je dicte tout sur mon portable, c’est le socle sur lequel je m’appuie », détaille-t-il. Une fois que l’auteur a récolté toutes les informations dont il a besoin, commence alors un travail d’orfèvre pour construire une intrigue haletante. Et là encore, Patrick compte sur les personnes qui l’entourent. « Evidemment, tous mes collègues étaient les premiers à me dire, après le tome I puis le II, qu’ils étaient sûrs d’avoir trouvé qui était le tueur ! », s’amuse le médecin. « Au fur et à mesure, j’ai poussé le curseur encore plus loin. »

Maxime Chattam en partenaire de jeu

Car si les trois romans de la trilogie peuvent être lus indépendamment, ils tournent tous autour d’un seul et même mystère : qui est cette « bête » — le chien — qui sème la mort sur son passage ? Et l’auteur n’a qu’un seul but : égarer et surprendre sans cesse son public. « C’est vraiment un jeu entre le lecteur et moi », résumet-il. Le jeu est d’ailleurs à l’origine de la vocation de Patrick Bauwen. Ce fan de jeux de rôles a d’abord approché l’écriture en collaborant avec le magazine spécialisé « Casus Belli » dès ses premières années d’études. Puis il est passé au roman. « Le thriller, ↑ 8 c’est juste un moyen d’embarquer le lecteur. » Patrick Bauwen n’a donc toujours pas lâché le jeu de rôle. « C’est un très bon moyen de tester certains ressorts d’une intrigue. » Il lui arrive même, parfois, de partager sa passion lors de parties endiablées avec d’autres auteurs, comme le Vald’Oisien Maxime Chattam. Maintenant qu’il maîtrise le jeu, le médecin se concentre davantage sur son style. « Je travaille de plus en plus l’écriture et la psychologie des personnages. » Car vous l’aurez compris, il ne s’arrête jamais.

Un projet d’adaptation en série télé

En matière d’écriture, il vient même de se lancer un nouveau défi. Alors que des producteurs ont mis une option sur sa trilogie pour en faire une série télé, il a accepté d’en écrire l’adaptation. « C’est passionnant, il faut démonter tout le moteur et recommencer. » Pour se consacrer à cette tâche, il a tout de même lâché sa participation, en tant que médecin chroniqueur, à l’émission « Je t’aime, etc. » sur France 2. Car sa priorité reste ses patients des urgences de la clinique Conti. « Ici, on me voit comme le toubib qui fait des livres ! » sourit-il, fier de cette double identité qui fait sa marque de fabrique.

« L’Heure du diable », Albin Michel.

 

© Le Parisien, le 4 septembre 2020 - Par  Marie Persidat

© Photo : LP/Ma.P