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Dans son bureau de la polyclinique de Vauban, à Valenciennes (Nord), Rémi Lombard, médecin généraliste, spécialiste des troubles du sommeil, voit défiler de plus en plus de patients fatigués.

Qu’est-ce que la fatigue ?

Sur le plan physique, elle renvoie à un manque d’énergie et lorsqu’elle est psychique, elle se traduit par une perte de motivation, de désir, d’intérêt. On la distingue de la somnolence, une manifestation physique qui est la propension à s’endormir, alors que la fatigue est davantage un sentiment subjectif. On peut être fatigué sans trouver le sommeil plus rapidement.

Est-ce ce normal de la ressentir ?

Bien sûr, surtout en l’absence de lumière l’hiver. On peut avoir une semaine très chargée, un week-end difficile. Mais cela devient anormal lorsqu’elle perdure. Au bout de trois mois, une prise en charge est justifiée lorsque la fatigue est associée à des insomnies.

Pourquoi est-ce le mal du XXI e siècle ?

Parce que les écrans ont envahi et bouleversé nos vies. Nous sommes des animaux diurnes, la lumière nous régule. En théorie, on ne peut pas dormir dans les deux heures qui suivent son exposition. Sauf que l’on passe nos soirées à 70 cm de notre ordinateur, à 50 de nos tablettes et à 30  de nos portables ! Il y a de la lumière jusque dans notre lit. Résultat, nous n’avons pas de signal de fatigue. Les ados sont particulièrement touchés. J’en vois de plus en plus en consultation.

Les gens piquent du nez devant la télé, dorment dans les transports. Sommes-nous des fatigués chroniques ?

C’est vrai, on a tendance à rogner sur nos besoins. Les gens mettent le travail au cœur de leur vie et pensent ensuite à leurs loisirs. Le peu de temps qu’il reste, ils l’utilisent pour dormir. Résultat, on a perdu 1 h 30 de sommeil en cinquante ans. Il faudrait réorganiser nos priorités et se demander d’abord de combien d’heures on a besoin par nuit pour être en forme la journée.

Quel est le cycle idéal de lever et de coucher ?

Il est propre à chacun. On dit souvent que l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, c’est faux. Il appartient à ceux qui savent écouter leur horloge biologique. Il faut se connaître : êtes-vous plus productif le matin ou le soir ? Etes-vous un petit dormeur, qui a besoin de six heures, ou un gros dormeur, à qui il faut plus de neuf heures ? Etes-vous chrono rigide ou plutôt chrono flexible ? Les jeunes, les fêtards sont en « jet-lag » social car ils décalent leurs horaires de coucher et de lever le week-end. Ce changement de rythme, occasionnant une dette de sommeil, tous ne le supportent pas. Ne pas respecter son rythme, cela pose problème.

Ne lui accorde-t-on pas trop d’importance ?

Au contraire, on ne s’écoute pas assez ! La fatigue témoigne parfois d’une lassitude, d’un besoin de changement ou d’un manque d’activité physique. Elle est un signe qui nous dit : « Prends soin de toi ».

© Le Parisien - Propos recueillis par E.M. et F.M.