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Bruno Jeanjean, directeur de la Clinique d'Occitanie apporte son témoignage à Benoît Lesueur, étudiant à l'école de journalisme de Grenoble.

Depuis le début de la crise sanitaire que traverse la France, la Clinique Occitanie, basée à Muret, accueille des patients atteints de coronavirus. Avec une capacité d’accueil de 300 lits, le directeur de l’établissement, le docteur Bruno Jeanjean, a accueilli des malades dans un cas critique en provenance du Grand-Est. Pour ce médecin, cette épidémie est le plus gros combat de sa carrière.

Dimanche 15 mars, 15 heures. Une date dont se souviendra toute sa vie le docteur Bruno Jeanjean. C’est à ce moment précis que le médecin, directeur de la clinique Occitanie, prend conscience de l’ampleur de la crise sanitaire que traverse la France. Car le docteur Jeanjean l’admet, il trouvait qu’on en faisait beaucoup au début de l’épidémie. Ce déclic a lieu lors d’un point téléphonique avec une collègue du Grand-Est. Les appels sont, en temps normal, rares pour un dimanche. Mais nous ne sommes pas en temps normal. À l’autre bout du fil, son homologue basée à Metz fait état de la déroute dans laquelle se trouve sa région, la plus touchée par l’épidémie du Covid-19. « J’en ai eu les larmes aux yeux, je m’en souviendrai toute ma vie. C’est ici que j’ai compris les mots du président de la République parlant de guerre ».

Une clinique à réorganiser

Dès le lendemain, le lundi 16 mars, le comité de direction de la clinique procède à la restructuration de son établissement. L’objectif : accueillir des malades critiques en provenance de la région Grand-Est, dont les hôpitaux sont saturés. Dans un premier temps, tout ce qui est en cours est arrêté, comme les soins mineurs. Ensuite, du matériel de protection, des masques notamment, sont commandés. « On a anticipé sur les approvisionnements. C’était ma peur première et je voulais protéger mes salariés ». À l’entrée, un checkpoint est mis en place pour prendre la température. En salle d’attente, une chaise sur deux est condamnée. Dehors, une tente militaire est déployée. De son côté, le docteur Bruno Jeanjean fait intervenir un médecin infectiologue dans son équipe pour savoir à quoi ils vont faire face. « Je me devais de rassurer le personnel soignant. On a moins peur quand on sait à quoi on a affaire. Il fallait identifier la menace. » Pour pouvoir soigner les malades, la clinique doit augmenter sa capacité de réanimation, étant de huit lits à la base. Pour cela, la salle de réveil de 24 places est transformée en une salle de réanimation bis de 12 places. C’est donc au total une capacité de 20 lits de réanimation qui peut être mise à disposition. Le 18 mars, la clinique admet dans ses services le premier patient en provenance de la région Grand-Est. À ce jour, l’établissement a accueilli six patients de cette région. Sur ces six patients, un homme de 89 ans est décédé, trois sont encore hospitalisés et deux sont sortis le 3 mai dernier. 

Un combat sournois contre le virus

« En 25 ans de carrière, c’est la première fois que je mène un combat comme ça. Il n’y a pas de profil type qui se dégage sur les malades atteints du virus. » Sur les 300 dépistages qui ont eu lieu à la clinique, la moitié a été hospitalisée, les autres étant asymptomatiques. Le plus jeune a 23 ans et le plus âgé 89 ans. De plus, ils n’ont pas nécessairement d’antécédents médicaux. « Un virus sournois qui sait s’attaquer aux points faibles de chaque individu. Un virus sournois car au bout de sept jours, même si le patient se sent mieux, cela ne veut pas dire qu’il est sorti d’affaire. Un virus sournois car c’est un virus qui ne cesse de muter, qui peut avoir des conséquences respiratoires, digestives et neurologiques. » Pour soigner ses patients, l’équipe a directement adopté le protocole du professeur Didier Raoult à base d’hydroxychloroquine. Pour le docteur Jeanjean, il sera cependant difficile de se débarrasser du virus tant qu’il n’y aura pas de vaccin. En attendant, le médecin se prépare à une éventuelle deuxième vague de l’épidémie. « Il y a beaucoup d’inconnu, on tâtonne. Il faut savoir tirer les enseignements de cette crise et rester vigilant ».