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Incolore et inodore, le protoxyde d’azote n’est pas pour autant sans laisser de traces, tant s’en faut. Pour en finir définitivement avec ce gaz 300 fois plus réchauffant que le CO2, le nouvel hôpital privé du Grand Narbonne (Elsan) l’a donc carrément banni de ses plans.

Comptant aux plus anciens des agents volatils employés pour ses propriétés anesthésiques et analgésiques, le protoxyde d’azote ou oxyde nitreux (N2O) est connu pour contribuer tout à la fois à la destruction de la couche d’ozone et au réchauffement climatique…

Calculé pour mesurer l’incidence à 100 ans d’un kilo de gaz à effet de serre (GES) sur le climat, son potentiel de réchauffement global (PRG) est ainsi évalué à 298, certes nettement moins que le desflurane (2540) mais deux fois plus que le sévoflurane (130) et près de 300 fois au-dessus du gaz carbonique.

Un article publié il y a deux ans au Journal de Chirurgie Viscérale sur « l’Eco-responsabilité au bloc opératoire » illustre fort bien le tableau : « une heure d’anesthésie avec 50 % de N2O et un débit de gaz frais de 1 litre équivaut à conduire une voiture pendant 154 km si on utilise du Sévoflurane (2,5 %) ou 316 km si l’on utilise le Desflurane (5 %). »

Préparer le "Grand Saut"

Conscients de l’enjeu, nombreux sont donc désormais les praticiens à réduire progressivement la part de protoxyde d’azote dans leurs interventions. Mais à l’image de quelques autres pionniers, le nouvel hôpital privé du Grand Narbonne (groupe Elsan) a fait mieux encore : il l’a totalement supprimé de ses plans.

« Cette décision radicale, prise il y a 4-5 ans lors de la construction des nouveaux bâtiments, est le fruit d’un long travail de concertation mené par l’ensemble des équipes, médecins et IADEs (infirmiers anesthésistes diplômés d’Etat, NDLR) », raconte l’anesthésiste réanimateur Patrick Bollen, pilote de la dynamique. En effet, le « grand saut » ne s’est pas fait si facilement.

« Bien que l’employant de moins en moins seul, nombreux étaient encore les soignants à utiliser le protoxyde d’azote en co-induction avec des gaz halogénés. Aussi, renoncer totalement aux circuits de distribution de ce fluide équivalait à un aller sans retour susceptible d’inquiéter », reconnaît le médecin. C’est d’ailleurs pour faciliter l’enjambée et accompagner les praticiens et soignants de ses établissements désireux de franchir le cap que le groupe Elsan a développé, à travers son université interne, un programme dédié de développement professionnel continu.

Quelques minutes en plus pour une empreinte en moins

De fait, au sein de l’établissement audois inauguré en septembre 2021 (276 lits, 10 salles opératoires), plus personne ne regrette aujourd’hui cette évolution majeure. Bien sûr, il a fallu apprendre la patience : « Coté bloc, la décision coûte évidemment quelques minutes de plus, en privant de l’effet second gaz qui accélère l’induction et le réveil », admet ainsi Patrick Bollen. Mais côté budget, la suppression de l’anesthésiant ne laisse pas insensible : le parc de respirateur « N2O free » insuffle évidemment une réduction de la facture des gaz médicaux comme de la maintenance des circuits.

Enfin et surtout, les bénéfices non monétaires sont bel et bien là : « une meilleure protection des professionnels, inévitablement soumis aux inhalations toxiques répétées malgré les systèmes d’aération, un confort de réveil nouveau pour les patients auxquels ce gaz occasionnait des effets d’autant plus indésirables (nausées et vomissements) que se développe la chirurgie ambulatoire et, bien sûr, une diminution de notre empreinte carbone », détaille avec enthousiasme le spécialiste.

Le Méopa en cible

Reste maintenant à en finir aussi avec les bonbonnes de MEOPA (Mélange équimolaire oxygène-protoxyde d’azote) présentes dans les services pour y favoriser la pratique de gestes douloureux, notamment sur les enfants… « Dans de très nombreux cas, les techniques hypnotiques donnent des résultats tout à fait spectaculaires ; il s’agit donc là aussi d’une piste sérieuse à travailler pour continuer de réduire notre utilisation d’oxyde nitreux », projette l’anesthésiste-réanimateur, incontestablement décidé à conserver toute sa vigilance sur le sujet.

Article publié sur sante-achat.info par Laurence Denes

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