#Actualité médicale

10/03/2021

Semaine européenne de l'endométriose : le Dr HACCOURT, gynécologue, nous explique cette pathologie

Dans le cadre de la semaine européenne de l'endométriose (du 8 au 14 mars 2021), le Docteur Fabian HACCOURT, gynécologue à la Polyclinique du Parc à Saint-Saulve, nous explique cette pathologie, ses symptômes et ses traitements.                                         

 

?Qu’est ce que l’endométriose ?

⏩L'endométriose est une maladie à la fois bien et mal connue puisque le diagnostic de l'endométriose se fait sur l'analyse histologique. Il s'agit, en fait, de la présence de glande endométriale en dehors de la cavité utérine, l'endomètre étant la muqueuse qui tapisse la cavité utérine qui s'épaissit au fil des cycles et s'élimine durant les règles. L'endomètre est également la muqueuse dans laquelle se niche l'embryon, pour se développer.

⏩Sa prévalence, chez les patientes asymptomatiques, est inconnue, puisque beaucoup de patientes sont atteintes d'endométriose, bien souvent légère, sans le savoir, et c'est lors d'une cœlioscopie, pour un problème d'infertilité ou une cœlioscopie pour une autre pathologie, que le diagnostic est fait. Si I'endométriose est symptomatique, le symptôme essentiel est la douleur. Les patientes se plaignent de douleurs cataméniales, c'est-à-dire des douleurs en rapport avec les règles,

et qui, disparaissent une fois les règles terminées. Cependant I'endométriose peut aussi se caractériser par des douleurs chroniques, des douleurs de fond, sans rapport avec les menstruations.

?A quel âge diagnostique-t-on cette pathologie ?

⏩L'âge au moment où l'on peut diagnostiquer I'endométriose est très variable. L'endométriose peut déjà donner des symptômes chez des jeunes filles à l'âge de 15-16 ans, mais peut apparaitre symptomatique bien plus tard. Lorsqu'une patiente se présente en consultation et se plaint de dysménorrhées, ne cédant pas aux traitements antalgiques classiques (anti inflammatoires, etc...), ou ne cédant pas aux contraceptions oestroprogestatives, le médecin doit investiguer pour rechercher l'endométriose.

?Quels sont les examens proposés et recommandés pour le diagnostic d'endométriose ?

Il y a différentes étapes :

⏩On distingue trois types d'endométriose: l'endométriose superficielle, qui se caractérise par des lésions d'endométrioses au niveau du péritoine, diagnostic plus délicat à faire. L'endométriose profonde, qui se caractérise par une infiltration des lésions d'endométrioses au niveau des organes, des uretères, de la vessie, du colon sigmoïde, du rectum, et autre. Et l'endométriose ovarienne, kyste (endométriome) sur un ou les deux ovaires.

⏩L'examen de base est un examen gynécologique afin de s'assurer qu'il n'y ait pas : de nodule bleuté au niveau du vagin, de nodule au niveau du ligament sacro utérin lors du toucher vaginal, que le ligament sacro utérin ne soit pas trop tendu, que les annexes -trompes et ovaires- ne soient pas fixées lors de I'examen gynécologique. Donc un bon examen gynécologique permet, déjà, de suspecter, ou non, la présence d'une endométriose.

⏩Deuxième chose, l'échographie endovaginale et/ou abdominale. Examen radiologique, relativement performant, puisqu'il permet de diagnostiquer facilement un type d'endométriose, à savoir l'endométriose ovarienne.

⏩L'échographie gynécologique, faite par un radiologue ou gynécologue expérimenté, est I'examen radiologique de référence permettant déjà de vérifier la présence ou l'absence de kyste d'endométriose sur les ovaires (endométriome). La présence d'une endométriose superficielle est beaucoup plus délicate à mettre en évidence par échographie, et se voit en cœlioscopie. L'endométriose profonde peut également se mettre en évidence par l'échographie gynécologique endovaginale en permettant de visualiser la présence d'un nodule de la lame recto-vaginale ou d'un nodule vésical. En l'absence de signe échographique mais de symptôme évoquant l'endométriose ou en cas de signes échographiques, une IRM du pelvis doit être demandée, car l'lRM permet surtout de mettre en évidence, non seulement les lésions vues à l'échographie, mais d'autres lésions nettement plus petites et délicates dans le pelvis. Les deux examens principaux, sont l'échographie gynécologique et I'IRM. D'autres examens complémentaires peuvent être proposés comme une écho-endoscopie rectale, un colo-scanner, un uro-scanner... ces examens seront principalement proposés, en deuxième ou troisième ligne, aux patientes en cas d'endométriose profonde suspectée.

?Quels peuvent-être les conséquences de I'endométriose ?

⏩Celles-ci dépendent du type d'endométriose et du stade (I, II, III ou IV). L'endométriose est aussi responsable d'infertilité et c'est bien souvent lors d'un bilan d'infertilité que les endométrioses légères peuvent être mises en évidence. Les endométrioses superficielles donnent des douleurs et parfois des infertilités, alors que les endométrioses profondes et avancées peuvent donner, en plus, des atteintes d'organes (dilatation rénale, sténose, coliques...).

?Quels traitements propose-t-on pour I'endométriose ?

⏩Le traitement principal, en cas de symptomatologie douloureuse chez une patiente, est la contraception orale combinée, oestroprogestative, qui va avoir un effet sur la quantité des règles, sur la régularité du cycle et sur les douleurs des règles. D'autres traitements médicaux peuvent être proposés en deuxième ligne, à savoir le stérilet au lévonorgestrel, l'implant à l'étonogestrel, et ensuite peuvent être prescrits le dienogest et les agonistes de la GNRH.

?Faut-il traiter toutes les endométrioses ?

⏩En cas de chirurgie pelvienne, lorsqu'une endométriose est mise en évidence, une exérèse et/ou destruction des lésions doit être réalisée. Cependant Ia chirurgie n'est pas indiquée d'emblée en cas d'endométriose puisque la chirurgie doit être mise en balance avec les bénéfices et les risques de la patiente et surtout un éventuel désir de grossesse. Bien évidemment, en cas de signe clinique ou radiologique d'infiltration des organes de voisinage, une discussion multidisciplinaire et ensuite une chirurgie, également multidisciplinaire, doivent être envisagées afin d'éviter toute propagation de I'endométriose et d'éviter toutes complications sur le plus long terme. Dans le cadre d'un projet de grossesse, il faut mettre en balance le bénéfice de la chirurgie avant grossesse avec le risque de complications éventuelles. Il n'est souvent pas nécessaire de traiter l'endométriose avant la grossesse, sauf dans des cas précis (endométriome, FIV. etc...) ou si l'endométriose est suspecte de causer une infertilité. Par contre, les patientes sans souhait de grossesse immédiat, doivent bénéficier d'une contraception oestroprogestative de première ligne ou SIU hormonal après chirurgie pour éviter la récidive de I'endométriose et diminuer les douleurs.

⏩L'endométriose est une pathologie qui est probablement bien plus prévalente qu'on ne le pense, puisqu'une partie des femmes atteintes d'endométriose est asymptomatique et non diagnostiquée, et certaines patientes atteintes d'endométriose symptomatique ne le sont pas toujours. C'est une maladie récidivante. Il n'y a pas d'indication, à l'heure actuelle, de réaliser un dépistage systématique d'endométriose chez les femmes, mais tout médecin, qui reçoit à son cabinet une patiente qui présente des dysménorrhées, ne cédant pas au traitement antalgique, ou sous pilule, doit faire penser et exclure, une endométriose.