04/08/2021
Perte de l'odorat : le point avec le Dr Georges Dib, médecin ORL

Cette affection est sortie de l'ombre avec la Covid. Mais nombreuses sont les personnes affectées qui ignorent encore qu'une prise en charge est possible. Explications de nos experts.
La perte de l'odorat, ou anosmie, est longtemps passée sous les radars, faute de solution médicale. Mais il existe désormais un protocole de rééducation olfactive, aux résultats encourageants. Un espoir de taille pour les 5 % de Français qui voient leur qualité de vie bouleversée par ce handicap. Le point avec le Dr Georges Dib, médecin ORL à l' hôpital privé Elsan d'Eure-et-Loir, et Jean-Michel Maillard, le fondateur et président de l'association Anosmie.org.
Les huiles essentielles à la rescousse
« Le protocole s'échelonne sur 12 à 18 semaines, durant lesquelles on respire six odeurs, qui balaient tout le spectre olfactif, deux fois par jour. Cinq sont sous forme d'huiles essentielles : le clou de girofle, la rose (ou le géranium rosat, moins cher), le citron, l'eucalyptus et la menthe poivrée. « Et on y ajoute du café », détaille Jean-Michel Maillard, le cocréateur de la méthode.
En pratique. Le protocole est précis : les gouttes d'huiles essentielles doivent être diluées dans de l'eau et versées dans des flacons à large col, afin qu'elles libèrent mieux leurs effluves. « On peut ne rien percevoir au début, mais avec de la persévérance, on finit par obte nir un signal, d'abord très faible et parfois loin de l'odeur réelle », précise l'expert.
De la patience…« Le temps permet d'affiner et de “réapprendre” peu à peu ce qui a été oublié, en associant les odeurs à la mémoire olfactive. Cette rééducation est absolument à tenter, car elle peut porter ses fruits, même en cas d'anosmie de longue date », ajoute-t-il.
Un protocole innovant
La « neuroplasticité » de l'olfaction est une nouvelle approche qui commence à se faire connaître du public, comme des professionnels de santé. « Avant la Covid, les médecins, y compris ORL, avaient coutume de dire à leurs patients que la perte d'odorat était définitive et sans traitement possible. Ce qui est faux », se réjouit Jean-Michel Maillard, devenu anosmique en 2015 après un accident. Avec Hirac Gurden, chercheur en neurosciences au CNRS, il a mis au point le premier protocole de rééducation olfactive, disponible depuis novembre 2019. « Nous sommes partis des travaux du chercheur allemand Thomas Hummel, qui, dès 2009, avaient montré cette possibilité de ré-entraînement olfactif. Avec une récupération qui peut atteindre les 70 % au fil du temps. »
Comment fonctionne notre odorat ?
« Inspirées par le nez, les molécules odorantes remontent par les narines jusqu'à des cellules spécifiques, situées sur le nerf olfactif, explique le Dr Dib. Là, elles sont transformées en signaux électriques perçus par le cerveau, qui les analyse et “trie” les bonnes des mauvaises, selon les souvenirs et émotions enregis trés dans notre mémoire olfactive. » L'odorat s'affine au cours de la vie et peut se développer si on l'entraîne (c'est le cas des « nez » en parfumerie ou des œnologues). Sa sensibilité décline peu à peu avec l'âge, comme nos autres sens, la vision et l'audition.
Une nouvelle appli qui a du nez
L'appli Covidanosmie est une digitalisation du protocole de rééducation olfactive, qui le rend plus accessible. Elle a été élaborée par Fabrice Denis, professeur associé de e-santé à la faculté de médecine de Paris, en partenariat avec l'association Anosmie.org. Infos sur Covidanosmie.fr.
Un réel handicap, qui a de nombreux retentissements
Ne plus sentir la moindre odeur devient vite un double handicap, et même une « double peine », car on perd également le goût des aliments. Cela peut déboucher sur des troubles du comportement alimentaire – anorexie ou boulimie –, parfois graves. « En outre, l'anosmie génère de l'anxiété, de la dépression, de l'isolement et une perte de plaisir à tous les niveaux. Un vrai problème de santé publique, donc, qui commence enfin à être pris au sérieux, grâce à la médiatisation liée à la Covid, commente JeanMichel Maillard. Des millions d'anosmiques sont en train de découvrir qu'il existe des solutions, dont personne ne parlait jusqu'à récemment ! », conclut-il.
© S. pensa, "PERTE DE L'ODORAT : Une solution existe", Prima Magazine, août 2021, p.60-61