17/05/2021
Urgences viscérales chez l'enfant : le point avec Dr Nedelcu, chirurgienne à Toulon

Avec le Dr Anamaria Nedelcu, chirurgienne viscérale pédiatrique à la clinique Saint-Michel à Toulon, focus sur les signes de cinq pathologies chez l’enfant ou le bébé qui peuvent nécessiter une opération, parfois en urgence.
La hernie inguinale
Cette pathologie courante se manifeste à des âges différents, plus souvent chez les garçons que chez les filles : c’est une tuméfaction dans la région inguinale, une boule dans le pli de l’aine qui peut apparaît lorsque bébé crie, pleure, tousse, pousse...et peut disparaître quand il est calme.
« L’intestin passe à travers le canal inguinal et arrive au niveau de la région génitale, résume le Dr Nedelcu. Cette malformation est due à la persistance du canal péritonéo-vaginal qui aurait dû se fermer à la naissance. L’intervention consiste à réduire la hernie et à fermer le canal péritonéovaginal. » Rien à voir donc avec le problème de défaillance musculaire qui caractérise la hernie inguinale chez l’adulte.
« Cette hernie n’est pas douloureuse en soi, précise le médecin, sauf quand elle devient étranglée. Il s’agit alors d’une urgence qui nécessite une intervention immédiate. »
L’appendicite
Situé à la confluence entre l’intestin grêle et le cæcum (côlon), l’appendice peut occasionnellement s’infecter et devenir inflammatoire. Le plus souvent, cela se produit chez des enfants entre 7 et 12ans, mais cela arrive chez des plus jeunes, y compris des nourrissons.
L’appendicite se caractérise par des douleurs dans la fosse iliaque droite, avec une petite fièvre qui peut être accompagnée de troubles digestifs et de vomissements.
« On opère désormais sans ouvrir, par cœlioscopie, indique le Dr Nedelcu, y compris pour les péritonites, une complication qu’il faut bien sûr éviter et qui survient quand l’infection s’étend à toute la cavité abdominale tapissée par le péritoine. »
Les interventions autrefois fréquentes, sont plus rares aujourd’hui. « Le diagnostic de l’appendicite est plus précis, notamment grâce à l’échographie et au bilan sanguin. On fait moins la confusion avec d’autres douleurs abdominales », explique le Dr Nedelcu.
La sténose hypertrophique du pylore
Un enfant qui vomit de grosses quantités de lait et qui reste affamé doit inciter ses parents à consulter très rapidement. « Il peut s’agir d’une sténose hypertrophique du pylore, explique le Dr Nedelcu. Situé entre l’estomac et le duodénum, le pylore est un muscle qui peut parfois être un peu trop puissant et gêner la vidange de l’estomac de bébé. Cette pathologie impose une intervention chirurgicale en urgence, dans les 24 à 48heures. On ouvre le muscle juste au-dessus de la muqueuse. C’est une intervention qui se pratique uniquement dans les centres hospitaliers équipés d’une réanimation néopédiatrique, à Nice ou à Marseille »
L’invagination intestinale aiguë
Cette pathologie survient en général chez l’enfant entre 3 mois et 3 ans. « C’est un phénomène de télescopage au cours duquel l’intestin entre dans le côlon, résume le Dr Nedelcu. Souvent, cela arrive quand les ganglions situés au niveau de l’intestin enflent, à l’occasion d’un rhume par exemple. Cela ressemble presque à une occlusion, le transit est bloqué. C’est très douloureux pour l’enfant. Les crises sont très typiques : la douleur très forte se calme quelques minutes et reprend, puis elle finit par devenir continue. L’enfant peut présenter des selles en gelée de groseille, signe d’une souffrance intestinale, et parfois des vomissements. Le traitement peut se faire par radio intervention, avec l’injection, via une sonde dans l’anus, d’un produit ou d’air comprimé sous pression pour renvoyer l’intestin à sa place. C’est une manœuvre douloureuse pour laquelle l’enfant est bien sédatée. Elle est pratiquée à Nice ou à Marseille par des radiologues bien entrainés »
L’abcès de la marge anale
Perceptibles visuellement sous la forme d’une masse rougeâtre et tendue, les abcès de la marge anale sont courants, en particulier chez le petit enfant constipé. « Il faut parfois les inciser et évacuer le pus. Mais le traitement de première intention est local, avec un antiseptique prescrit par le médecin traitant. L’avantage est de limiter les récidives, explique le Dr Nedelcu. Sinon elles peuvent être fréquentes durant les deux premières années. L’intervention chirurgicale n’est nécessaire que si l’évolution n’est pas favorable »
© « Urgences viscérales CHEZ L’ENFANT », Le mag.Santé, Var Matin, 10.05.21