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31/03/2026

Cancer colorectal chez les jeunes : faut-il s'inquiéter de la hausse de l'incidence ?

👨‍🏫Vue d'ensemble👨‍🏫 Cancer colorectal chez les jeunes : checklist

Élément analyséDonnées clésImpact
Tendance épidémiologique+1,43 % d’incidence par an chez les 15–39 ans (1990–2023)Fort
Âge habituel du diagnosticMédiane : 71 ans (H) / 72 ans (F) ; 95 % des cas après 50 ansModéré
Problème majeur chez les jeunesDépistage inexistant → diagnostics tardifs → risques aggravésFort
Symptômes précocesCrampes intestinales, diarrhée/constipation alternées, sang occulteModéré
Symptômes avancésSaignements visibles, perte de poids, fatigue, nausées, douleurs diffusesFort
Facteurs de risque classiquesSédentarité, surpoids, tabac, alcool, excès de viande rougeModéré
Facteurs génétiquesCrohn, syndrome de Lynch, polypose adénomateuseFort si antécédents
Hypothèse émergenteBactéries produisant colibactine, toxine mutagèneSurveillance recommandée
Risque futurPourrait devenir la 1ʳᵉ cause de décès par cancer < 40 ans d’ici 2030Très fort
Prévention actuellement possibleMode de vie sain, vigilance digestive, dépistage si antécédentsUtile mais insuffisant

🔎Dans les grandes lignes🔍 Progression du cancer colorectal chez les jeunes

Le cancer colorectal, troisième plus fréquent et deuxième cause de décès par cancer en France, est généralement diagnostiqué chez les personnes âgées de plus de 70 ans et se guérit dans 90 % des cas s’il est détecté à temps. Pourtant, un phénomène inquiétant émerge : une hausse constante de son incidence chez les jeunes de moins de 40 ans. Entre 1990 et 2023, cette incidence augmente en moyenne de 1,43 % par an ; un paradoxe épidémiologique qui déroute les chercheurs. Comme les jeunes ne sont pas ciblés par les programmes de dépistage, leurs symptômes — souvent discrets au départ — passent d'autant plus inaperçus, ce qui décuple le retard de diagnostic, souvent à un stade avancé.

Les causes exactes de cette hausse restent incertaines. Les facteurs de risque classiques (sédentarité, surpoids, tabagisme...) semblent jouer un rôle, tout comme certaines maladies génétiques. Mais de nouvelles pistes émergent, notamment l’implication possible de bactéries intestinales produisant de la colibactine, une toxine capable d’endommager l’ADN. Cette hypothèse est encore en phase préliminaire, mais alimente l’idée qu’un facteur de risque majeur reste à découvrir. En attendant que la science progresse, la prévention repose sur un mode de vie sain, la vigilance face aux symptômes digestifs persistants et une meilleure sensibilisation du public jeune au dépistage ciblé.

Des progrès à sens unique ? Troisième cas de cancer le plus fréquent dans le monde chez les hommes comme les femmes, le  (côlon et rectum) est aussi le deuxième en termes de décès en France. C'est pourquoi les chercheurs et les nouvelles stratégies de prévention l'entourant redoublent constamment d'efforts pour l'endiguer, comme pour en motiver le dépistage précoce. Non sans résultats : si son incidence s'est peu à peu stabilisée, grâce à l'amélioration des traitements, il se guérit diagnostiqué suffisamment tôt. Un type de public bien particulier échappe pourtant aux progrès ainsi accomplis : les jeunes de 20 à 40 ans.

Entre 2000 et 2020, le risque de cancer colorectal chez les jeunes de 15 à 39 ans a en effet, quant à lui, grimpé en moyenne de 1,43 %. Par an. Un phénomène déconcertant qui interroge la communauté scientifique, car à rebours de l'état actuel des connaissances. Comment l'expliquer et quelles pourraient en être, à terme, les conséquences ?

Comment débute un cancer colorectal ?

L'appellation du cancer "colorectal" en regroupe, rappelons-le, deux distincts mais voisins par l'emplacement et la symptomatologie : du rectum et . Leur intensité varie certes selon les facteurs de risque propres à chaque individu, leurs symptômes demeurent toutefois les mêmes quel que soit l'âge.

3 signes avant-coureurs sur la piste des symptômes d'un cancer du côlon au stade 1

Le cancer colorectal est dormant et plusieurs années peuvent s'écouler avant son diagnostic. D'autant que les signes avant-coureurs sont peu nombreux et peuvent être confondus avec diverses maladies digestives.

On en dénombre trois parmi les les plus évocateurs :

  • douleurs abdominales, semblables à de simples crampes intestinales ;
  • perturbation du transit intestinal, alternant entre diarrhées et constipations soudaines et prolongées ;
  • saignements imperceptibles dans les selles.

Stade 3 du cancer de l'intestin : les symptômes alarmants

Plus le cancer du côlon s'installe, plus ses symptômes s'aggravent et risquent de poser problème aux médecins. Les périodes d'alternance diarrhée / constipation s'étendent tandis que les maux de ventre se diffusent progressivement et que le sang dans les selles devient de plus en plus visible.

Par ailleurs, la progression de la tumeur engendre de nouvelles complications localisées en fonction des zones atteintes :

  • Système osseux : douleurs articulaires aiguës ;
  • Métabolisme : perte de poids inexpliquée ;
  • Système digestif : nausées, vomissements et sensations de ballonnement prolongées ;
  • Saignement interne : fatigue chronique.

Est-il possible d'avoir un cancer du côlon à 20 ans ?

Une symptomatologie aussi clairement identifiée a permis de réduire considérablement la mortalité liée au cancer du côlon, grâce à l'amélioration de la prévention. En regard de son taux de survie à 5 ans de 70 %, 9 cancers sur 10 soignés si détectés assez tôt représente une chiffre très positif. L'âge moyen de son diagnostic se constate à 70 ans en moyenne tandis que 95 % des cas s'observent à 50 ans et plus. Les dépistages se voient donc particulièrement négligés chez les patients jeunes.

À quel âge se contracte le cancer du côlon ?

En 2023, Santé Publique France révélait, au travers de l'étude :

  • Un âge médian de 71 ans chez les hommes pour 72 chez les femmes au diagnostic du cancer colorectal ;
  • Un taux d'incidence tendant à se stabiliser chez les hommes depuis 2012 (35,9 cas pour 100 000 personnes par an) ;
  • Sa hausse constante chez les femmes depuis 1990 (25,5 cas pour 100 000 personnes par an ; +54 % entre 1990 et 2023) ;
  • Tout particulièrement chez les jeunes femmes autour de 40 ans (stable chez les hommes) ;

Cette hausse de l'incidence s'explique principalement par l'accroissement et le vieillissement de la population, ainsi que le développement "culturel" de nouveaux facteurs de risques. Les professionnels de santé suspectent, à cet égard, l'évolution des comportements alimentaires des moins de 40 ans, leur sédentarisation et la multiplication des cas de surpoids, voire d'obésité.

Toujours en 2023, une étude des chercheurs du faisait état, sur un échantillon belge cette fois-ci, de :

  • 7 % de diagnostics du cancer colorectal réalisés chez les moins de 50 ans ;
  • 2,6 % pour les moins de 40 ans ;
  • 1,7 % des 16-35 ans.

En France comme en Belgique (ainsi que partout dans le monde), une tendance à la hausse s'observe au niveau de l'incidence chez les moins de 5O ans. Le dépistage du cancer du côlon étant attendu vers cet âge, les symptômes de son apparition précoce sont très souvent observés et identifiés tardivement, à un stade déjà avancé de la tumeur incriminée. Au sein du jeune public, largement moins sensibilisé au dépistage, ces chiffres pourraient donc même être sous-estimés.

Cette anomalie, associée au diagnostic souvent tardif du cancer colorectal, menace d'en faire la première cause de décès par cancer chez les moins de 40 ans d'ici à 2030.

Qu'est-ce qui accélère la contraction du cancer colorectal chez les jeunes hommes et femmes ?

D'ici à ce que le développement du cancer colorectal au sein de la jeune patientèle ne devienne un enjeu de santé publique, il n'y a par conséquent qu'un pas. Or, les professionnels de santé patinent pour en identifier précisément les causes. « Aujourd’hui, nous ne savons pas pourquoi cette population développe des cancers vingt ans plus tôt qu’auparavant », admet le Dr Thibaud Koessler, médecin adjoint au Service d'oncologie et responsable de l'Unité des tumeurs digestives des Hôpitaux universitaires de Genève (malgré 15 à 20 % d'origines identifiées comme relevant d'antécédents familiaux, Ndlr).

Les facteurs de risque habituels, quoique poussés à l'extrême, sont bien évidemment en cause :

  • mode de vie sédentaire ;
  • tabagisme ;
  • consommation d'alcool ;
  • surpoids ;
  • régime riche en viande rouge et graisses animale ;
  • plus spécifiquement encore : certaines pathologies génétiques (, , ...), en particulier si observées chez un parent au premier degré.

Pour autant, « Plusieurs hypothèses sont explorées, mais il existe clairement un facteur de risque majeur que nous n’avons pas encore identifié », poursuit le Dr Koessler. « Des études récentes suggèrent que des bactéries intestinales, notamment certaines souches d’Escherichia coli, pourraient produire des substances capables d’endommager l’ADN des cellules du tube digestif. »

Cause supposée du cancer colorectal chez les jeunes : qu'est-ce que la colibactine ?

Si leur lien avec le cancer colorectal demeure hypothétique, lesdistes études dressent des constats significatifs. Parmi les substances incriminées, la colibactine s'arroge le sommet du podium. Il s'agit d'une toxine mutagène aux propriétés pro-prolifératives capable d'altérer l'ADN. Ludmil Alexandrov, professeur de médecine cellulaire et moléculaire à l’Université de Californie, suggère, dans une étude pour Nature publiée en 2025, une contamination précoce du microbiome des jeunes cas de cancer colorectal par cette toxine.

La colibactine possède la faculté de se protéger des autres microbes, jusqu'à devenir suffisamment dominante dans l'organisme pour provoquer les mutations de l'ADN. Si l'estimation d'une autre étude tend à relativiser l'observation et si, par ailleurs, les bactéries qui la produisent demeurent encore relativement méconnues des experts, Alexandrov se veut confiant sur les implications de la sienne : « Nous pensons qu’il se passe quelque chose qui leur (les bactéries productrices de colibactine, Ndlr) donne un avantage sur les autres bactéries », appuie-t-il.

La recherche autour de la colibactine demeure à l'état embryonnaire et, du propre aveu du professeur Alexandrov, ses découvertes sont quelque peu le fruit du hasard. En l'état, aucun remède miracle ne semble se profiler pour lutter contre les cancers colorectaux chez les jeunes, qui ne sauraient en prévenir l'apparition qu'en respectant les recommandations sanitaires courantes. Un mode de vie sain pourrait en repousser l'échéance le temps que ne se développe efficacement la recherche, qui sait ?