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    Ces femmes qui ont marqué la médecine : Madeleine Brès, première femme médecin française

#Allaitement#Maternité#Pédiatrie#Recherche#santé des femmes

30/09/2026

Ces femmes qui ont marqué la médecine : Madeleine Brès, première femme médecin française

Depuis sa fondation au XIIIᵉ siècle et son expansion en Europe, l'université est longtemps resté un environnement strictement masculin. Victimes des préjugés de genre soulignant entre autres leur fragilité émotionnelle et leur intelligence prétendument inférieure, les femmes n'y ont pas droit de cité, quel que soit le cursus. Que de chemin parcouru par les études de médecine, pour les y voir de nos jours représenter, en France, la majorité des étudiants en PACES ! Cela, elles le doivent à rien de moins que Madeleine Brès, première femme française étudiante en médecine et, par la suite, à soutenir et valider une thèse de doctorat. À l'occasion de la fin de Septembre Turquoise, plongez avec Elsan dans la vie d'une pionnière de la médecine au féminin.

Qui est Madeleine Brès ?

🔎
Dans les grandes lignes
Madeleine Brès (1842-1921) est la première femme française à avoir obtenu un doctorat en médecine. Admise à la faculté de médecine de Paris en 1868 après une décision ministérielle exceptionnelle, elle soutient sa thèse en 1875 et devient une figure majeure de la et de la féminisation progressive du secteur médical en France.

Gravure ancienne représentant une femme de profil, vêtue d’une tenue élégante avec une étole en fourrure et les cheveux relevés.

Pourquoi Madeleine Brès est-elle importante dans l'histoire de la médecine ?

Madeleine Brès n'est pas seulement la première femme médecin française ; son parcours symbolise l'ouverture progressive des études supérieures aux femmes au XIXᵉ siècle. En validant brillamment son doctorat malgré les résistances administratives et sociales de son époque, elle contribue à faire évoluer la perception des femmes dans la profession médicale.

Ses travaux sur l'allaitement, la santé infantile et l'hygiène des nourrissons constituent certaines des fondations de la puériculture moderne. Elle inspire plusieurs générations d'étudiantes qui poursuivront son combat en faveur de l'accès aux concours et aux carrières universitaires.

👨‍🏫Vue d'ensemble👨‍🏫 Madeleine Brès : dates-clés

Année

Événement

1842

Naissance à Bouillargues (Gard)

1857

Mariage avec Adrien-Stéphane Brès

1861

Les femmes deviennent autorisées à passer le baccalauréat

1866

Première candidature à la faculté de médecine de Paris

1868

Validation du baccalauréat en candidat libre et admission à la faculté

1870-1871

Interne provisoire et suppléante du Dr Broca à l'hôpital de la Pitié pendant la guerre franco-prussienne

18761

Madeleine est empêchée de s'inscrire aux concours de l'externat et de l'internat

1875

Soutenance de sa thèse et obtention du doctorat

1883

Création du journal Hygiène de la femme et de l’enfant

1885

Financement d'une crèche gratuite aux Batignolles

1891

Mission ministérielle dans les pays limitrophes pour auditer l'organisation des crèches et asiles

1921

Décès à Montrouge à 79 ans

Comment Madeleine Brès est-elle entrée à la faculté de médecine ?

Naissance d'une vocation

Rien ne semblait destiner Madeleine Brès, née Gebelin en 1842 dans le Gard, à la carrière médicale. Fille de charron (fabricant et réparateur de charrettes et autres véhicules non motorisés), elle accompagne souvent son père pour l'assister dans son travail. Y compris à l'hôpital de Nîmes, où naît sa vocation. Ainsi, dès ses 8 ans, une infirmière religieuse la prend en affection et lui apprend à prodiguer des soins de base et accompagner le médecin pendant ses visites. "J'avais un tel goût pour la médecine, témoigne-t-elle dans la revue La Chronique médicale en 1895, qu'un ami de ma famille [...] me disait souvent : [...] 'Quel dommage que tu ne puisses pas te faire médecin !'"

Si, à cette époque, rien n'empêchait en effet aux femmes de pratiquer la médecine, accéder à la profession était difficile pour elles dans les faits, pour ne pas dire impossible. Elles devaient notamment préparer seules le baccalauréat, les lycées de jeunes filles n'existant pas encore. À cet égard, le mariage de Madeleine Gebelin à Adrien Brès, conducteur d'omnibus lyonnais, à seulement 15 ans et les trois enfants nés de cette union auraient pu jouer en sa défaveur. Le consentement de son époux ainsi que le soutien de l'impératrice Eugénie et du ministre de l'Instruction publique ouvrent néanmoins à Madeleine Brès l'inscription à la faculté de médecine en 1868. Elle y étudie entourée de seulement trois autres femmes : Mary Putnam, de la Britannique Elizabeth Garrett et de la la Russe Catherine Gontcharoff.

Obstacles de mœurs

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Point historique
Au milieu du XIXe siècle, les femmes sont encore largement exclues de l'enseignement supérieur français. Avant 1861, date de son obtention par Julie-Victoire Daubié, le baccalauréat, condition indispensable pour accéder aux études médicales, leur est carrément inaccessible. Les premières à y prétendre doivent par conséquent surmonter des obstacles administratifs, financiers et sociaux considérables. Déjà en 1867, en plein débat quant à l'admission de l'Américaine Mary Putnam à la faculté, un des professeurs fait remarquer que "la femme étant mineure par le fait du mariage et échappe donc à toute responsabilité personnelle et que par conséquent l'adoption de Mlle Putnam pourrait entraîner de graves complications".

Ainsi Madeleine se heurte malgré tout très vite aux préjugés et aux mœurs de l'époque, au sein d’un milieu médical moins dominé que carrément verrouillé par les hommes. Au XIXᵉ siècle, en effet, "Bien que l'exercice de la médecine ne soit pas interdit aux femmes, la nature des études exigées pour être reçu à exercer cet art représente un obstacle moral à ce qu'elles puissent s'y livrer", en restitue entre autres le jurisconsulte renommé Désiré Dalloz.

Le parcours de Madeleine avant son admission à l'université en témoigne : Charles-Adolphe Wurtz, doyen de la faculté de médecine à l'époque, lui en avait refusé une première fois l'entrée en 1866, lui enjoignant de passer son baccalauréat. Surpris par la ténacité de la toute nouvelle bachelière se représentant à lui deux ans plus tard, il n'en demeure pas moins indécis au point de soumettre l'affaire à son ministre Victor Duruy. Lequel, tout aussi dubitatif, soumet le dossier Brès à l'examen d'un conseil des ministres. Difficile de dire si, en l'absence de l'impératrice Eugénie – fervente défenseuse de la liberté du travail – à la tête de ce dernier, Madeleine aurait pu accéder au cursus médical.

Le parcours universitaire de Madeleine Brès

Cursus qu'elle suit avec un mérite vanté entre autres par le docteur Paul Broca, dont elle intègre le service de chirurgie à l'hôpital de la Pitié dès sa deuxième année, en 1869. Qui lui accorde une confiance de nature à la désigner, en temps de crise, comme sa suppléante en tant qu'interne "provisoire" (elle en assure la fonction sans le titre) lors de la guerre franco-allemande de 1870 :

"Madame Brès est entrée dans mon service en qualité d'élève stagiaire en 1869. Au mois de septembre 1870, l'absence de plusieurs internes appelés dans les hôpitaux militaires, nécessitait la nomination d'internes provisoires. Madame Brès sur ma proposition fut désignée comme interne provisoire. En cette qualité, pendant les deux sièges de Paris et jusqu'au mois de juillet 1871, elle a fait son service avec une exactitude que n'a pas interrompu le bombardement de l'hôpital. Son service a toujours été très bien fait et sa tenue irréprochable. Madame Brès s'est toujours fait remarquer par son zèle, son dévouement et son excellente tenue. Elle nous a particulièrement secondés pendant la dernière insurrection."

Éloges qui, combinés à ceux de Wurtz et de plusieurs médecins de renom, échoueront cependant à lui permettre de préparer le concours de l'externat et de l'internat. "S'il ne s'était agi que de vous personnellement, je crois pouvoir vous dire que l'autorisation eût été probablement accordée. Mais le Conseil a compris qu'il ne pouvait ainsi restreindre la question et l'examinant en thèse générale dans son application et ses conséquences d'avenir, le Conseil a eu le regret de ne pouvoir autoriser l'innovation que notre Administration aurait consacrée", justifiera le directeur de l'administration de l'Assistance publique. Dans les faits, il s'agit donc moins d'une question de compétences que d'une tentative de maintenir le verrouillage masculin des concours des hôpitaux.

Doctorante à tout prix

De fait, Madeleine Brès se voit exclue de la carrière hospitalière, mais ne renonce pas à la médecine pour autant. Puisque, en parallèle, elle poursuit ses études au sein du laboratoire de Wurtz pendant 3 ans et du Muséum d'histoire naturelle pendant 4 ans sous la supervision d'Edmond Frémy Elle y prépare sa thèse sur un thème choisi pour correspondre au minimum des attentes de l'époque envers une femme exerçant dans un milieu masculin : .

Le 3 juin 1875, elle soutient De la mamelle et de l'allaitement devant la faculté de médecine de Paris. Son travail, récompensé par la mention "extrêmement bien", expose entre autres :

  • la structure anatomique et la physiologie de la glande mammaire et son rôle dans la sécrétion du lait maternel ;
  • la place centrale de l'aréole dans la tétée par le nourrisson, qui ouvrira la voie à ses futures recherches sur l'allaitement artificiel ;
  • la volatilité de la composition chimique du lait maternel, qui s'adapte aux besoins du développement de l'enfant tout au long de l'allaitement ;
  • certaines bases de l'hygiène pédiatrique et des liens logiques entre la santé d'une mère et le bien-être de son enfant.

Devenue veuve entre-temps, elle a 33 ans lorsqu'elle prête le serment d'Hippocrate. Ce diplôme fait d'elle la première Française à porter officiellement le titre de docteur en médecine.

Page de garde de "De la mamelle et de l'allaitement", thèse de doctorat soutenue par Madeleine Brès

Le professeur Wurtz ne s'en montrera pas moins paternaliste, déclarant : "Votre thèse restera dans nos archives comme ouvrage scientifique, et permettez-moi de vous féliciter de la délicatesse que vous avez apportée dans le choix de votre sujet. Votre rôle devra se borner à la guérison des maladies des femmes et des enfants, et je vous félicite de l'avoir si bien compris." Le diplôme et le titre lui auraient-ils été accordés en récompense de travaux tout aussi salués sur d'autres spécialités médicales ? Difficile à dire, encore une fois,

Une carrière de renom

"Un médecin" engagé au service des mères et des enfants

Écartée des concours hospitaliers malgré un parcours universitaire maintes fois complimenté, Madeleine Brès se constitue une clientèle privée en s'orientant vers une activité libérale consacrée à la relation entre et son enfant. Fidèle aux convictions exprimées dès sa thèse, elle développe une expertise reconnue en puériculture et en hygiène infantile. Au-delà de ses consultations, elle diffuse ce savoir encore très méconnu en animant régulièrement des conférences et en tant qu'auteure de plusieurs livres de référence en puériculture :

  • L'Allaitement artificiel et le biberon, 1877
  • Analyse du lait des femmes galibies, 1882
  • Mamans et bébés, 1899

Dans les années 1880, elle étend son action au-delà du cabinet médical. Elle fonde le journal Hygiène de la femme et de l'enfant, se voit confier par le préfet de la Seine la formation du personnel des écoles maternelles dans les vingt arrondissements de Paris et finance de sa poche une crèche gratuite associée à une école d'hygiène dans le quartier parisien des Batignolles. Reconnue pour son expertise, elle est également chargée d'une mission d'étude en Suisse sur l'organisation des crèches et des asiles, signe de l'intérêt croissant des pouvoirs publics pour ses travaux.

Comment est morte Madeleine Brès ?

Les dernières années de Madeleine Brès contrastent violemment avec l'éclat de sa carrière. Devenue presque aveugle, elle se retrouve dans un fort dénuement matériel. Sans ressources, elle doit solliciter un hébergement auprès de l'Assistance publique, soit la même institution qui lui avait autrefois fermé les portes de l'internat. Elle obtient un simple lit dans un dortoir commun, faute de mieux.

Madeleine Brès s'éteint le 30 novembre 1921 à Montrouge, à l'âge de 79 ans, dans un anonymat presque total. Il faudra attendre le 18 janvier 2021 pour que La Poste lui rende hommage en émettant un timbre à son effigie, cent ans après sa disparition.

Quel héritage Madeleine Brès a-t-elle laissé à la médecine française ?

Le combat de Madeleine Brès pour l'accès des étudiantes aux concours hospitaliers ne trouvera d'issue qu'en 1882, quand Blanche Edwards-Pilliet devient la première Française externe des hôpitaux. Suivra Marthe Francillon-Lobre, qui devient en 1900 la première interne titulaire (le conconcours s'est vu ouvert aux femmes en 1886). Plus de 150 ans après son entrée en faculté, Madeleine Brès demeure un : en 2023 en France, malgré la persistance des stéréotypes de genre, les femmes représentaient 65% des étudiants en médecine ( DREES, 2023) et plus de la moitié des effectifs universitaires. Son nom a été donné en hommage à plusieurs établissements scolaires et espaces publics.

Le parcours de Madeleine Brès rappelle combien l'accès des femmes aux études médicales est récent à l'échelle de l'histoire. En quelques générations seulement, un univers longtemps considéré comme masculin est devenu majoritairement féminin dans de nombreuses filières médicales et même scientifiques.

Pour aller plus loin : ces femmes qui ont marqué la médecine...

Sources

  • Bibliothèque nationale de France (BnF) - Gallica

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  • Université Paris Cité - BIU Santé (Numerabilis)

📚

  • Université Paris XII - Val-de-Marne

📖 J. Poirier (dir.) et R. Nahon, Médecine et philosophie à la fin du XIXe siècle, Université Paris XII - Val-de-Marne, 1981.
« L'accession des femmes à la carrière médicale, à la fin du XIXe siècle », p. 25-46.

  • Université d'Aix-Marseille

📄 « Le Docteur Brès, première femme médecin française thésée »

  • Faculté de médecine de Paris

📄 Madeleine Brès, De la mamelle et de l'allaitement, 1875.

  • DREES

📄 « Études et Résultats n°1294 »

  • Sciences et Avenir

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  • Medarus

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  • Mutualistes

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  • Celles qui osent

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  • YouTube

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Article écrit le 30/09/2026, vérifié par Lothaire Berthier

💡Madeleine Brès : questions fréquentes💡

Pourquoi Madeleine Brès est-elle célèbre ?

Madeleine Brès est connue pour être la première Française à avoir obtenu un doctorat en médecine. Son parcours a contribué à ouvrir l'accès aux études médicales aux femmes.

Quand Madeleine Brès est-elle devenue médecin ?

Quel était le sujet de la thèse de Madeleine Brès ?

Sa thèse, intitulée De la mamelle et de l'allaitement, portait sur la physiologie de la glande mammaire, l'allaitement maternel et la santé du nourrisson.

Madeleine Brès était-elle la première femme médecin au monde ?

Non. D'autres femmes avaient obtenu auparavant un diplôme de médecine dans plusieurs pays. Madeleine Brès est en revanche la première Française à avoir obtenu officiellement un doctorat en médecine.

Quelle spécialité exerçait Madeleine Brès ?

Elle s'est principalement consacrée à la santé des femmes, à la pédiatrie, à l'hygiène infantile et à la puériculture.