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#Vie des établissements/salariés#Clinique Bouchard

07/01/2020

Douleur neuropathique, ces moyens insolites pour traiter la douleur (1/2)

Appliquées sous forme de patch ou d'injection, la capsaïcine ou “la toxine botulique A” dit le botox sont de plus en plus utilisées par les spécialistes de la douleur.

À l’Unité Douleur de la clinique Bouchard de Marseille, ne soyez pas surpris si on vous propose du piment pour soigner vos douleurs neuropathiques. Non pas que les médecins algologues, spécialisés dans les douleurs, veuillent vous voir virer au rouge, mais pour traiter certaines pathologies, l’aliment originaire d’Amérique leur est très utile. Il en va de même pour "la toxine botulique A" bien connue dans le langage courant sous le terme de "botox".

“Nous voulons bannir le recours systématique à la morphine dans les traitements, c’est pourquoi nous avons recruté des médecins algologues, spécialisés dans l’hypnose et les techniques innovantes de traitement de la douleur, pour développer au maximum les procédés non médicamenteux", précise David Fleyrat le directeur général de l’établissement.

Que ce soit pour une migraine, une lombalgie ou une sciatique, les équipes de soins prennent d’abord la température avec le patient en lui faisant rencontrer, en une après-midi, un ensemble de praticiens afin d’échanger avec le patient sur toutes les dimensions de sa problématique douloureuse et bénéficier d’une batterie de tests. "Dans ce temps très court, on cherche à déterminer l’origine de la douleur et le protocole de soins le plus approprié. On essaye de répondre aux attentes du patient très rapidement notamment dans les contextes d’urgence douloureuse, en leur permettant d'avoir un rendez-vous médical dans le mois qui suit leur demande", précise le docteur Elena Kereun, médecin algologue à la clinique Bouchard.

Pour traiter les douleurs nerveuses, l’équipe du docteur Kereun mise sur une approche holistique de la prise en charge. C’est-à-dire une vision "intégrale" du patient dans toutes ses dimensions, tenant compte de ses aspects physiques et sensoriels de la douleur mais aussi des émotions, des pensées et de son comportement associé à cette douleur particulière qui dure dans le temps, ainsi que des dimensions sociales, environnementales et professionnelles qui sont impactées ou impactantes dans l’histoire de vie et le vécu douloureux du patient.

"Nous donnons en premier lieu la préférence à la neuromodulation : en stimulant le système nerveux nous voulons réduire les approches médicamenteuses parfois peu probantes ou mal tolérées : la stimulation périphérique nerveuse, encore appelée TENS, permet de faire barrage au message douloureux en empêchant son traitement par la moelle épinière, c’est une sorte de brouilleur de la douleur. Notre seconde orientation, c’est l’approche ciblée ou focale de la douleur c’est-à-dire avec une action directe en administration locale, notamment pour des douleurs neuropathiques périphériques bien délimitées : nous avons recours aux traitements topiques comme les patchs de capsaïcine, et à la "toxine botulique A" dans certaines douleurs réfractaires aux traitements classiques”, précise-t-elle.


Capsaïcine, quand le piment soulage les douleurs neuropathiques 

Les topiques sont recommandés actuellement en second recours, lorsque les traitements médicamenteux ne sont pas efficaces. "On aimerait intégrer cette stratégie thérapeutique plus tôt dans la prise en charge, mais pour le moment, c’est une solution de repli efficace." Une situation qui va évoluer prochainement avec les nouvelles recommandations, à paraître, de la Société Française d’Evaluation et de Traitement de la Douleur, qui vont valoriser plus rapidement le recours à ces techniques.

Avec ces patchs à base de piment, administrés en secteur hospitalier, environ 1 patient sur 4 répond favorablement au traitement au lieu des 1 sur 7 pour certains médicaments. "Il y a peu d’effets indésirables si on utilise ce patch de manière adaptée. On le préconise surtout pour les patients qui ont des cicatrices douloureuses, des séquelles neuropathiques focales dans le diabète, en post-chirurgie ou post-chimiothérapie dans le cancer, sur un moignon d’amputation, ou des douleurs post-zostériennes (zona)", soutient-elle.

Il est dur d’imaginer que croquer un piment permet d’en finir avec des douleurs persistantes, pour bien comprendre la relation entre tous les acteurs de la douleur, il faut se plonger dans le cerveau. En cas de douleur chronique, la transmission du signal douloureux s’effectue en périphérie (peau, articulations, muscles) par les nerfs vers la partie postérieure de la moelle épinière qui joue un rôle de relais. Place ensuite au tronc cérébral, qui va filtrer le message jusqu’au cerveau.


La stimulation d'un nocicepteur est la clef

Ce dernier va intégrer le message douloureux entre autres informations (émotions, pensées, stress, mémoire…) au sein de la très complexe matrice cérébrale de la douleur, jusqu’à l’expression d’une plus ou moins grande souffrance. Avec la capsaïcine, les médecins ciblent un nocicepteur, (stimulus douloureux qui va initier le message de la douleur) nommé TRPV 1. Il est notamment impliqué dans les mécanismes inflammatoires et la transmission du message douloureux, quand il est activé par l’acidité et la température douloureuse.

Il est également sensible au piment. Ainsi, La capsaïcine qui se trouve à fort dosage (8%) dans les patchs à usage hospitalier active ce récepteur TRPV 1. "La capsaïcine va se fixer préférentiellement sur le récepteur, ce qui va provoquer une dé-fonctionnalisation de ce dernier et donc permettre une diminution de la douleur pour une durée d’environ 3 mois (temps nécessaire pour la réapparition de la fibre nerveuse porteuse de TRPV1 excitable)", conclut-elle. Pour être efficace, les applications de patch doivent être répétés tous les 3 mois.

À la clinique Bouchard, les spécialistes l'utilisent pour faire un traitement ciblé. Une trentaine de patients ont déjà pu expérimenter ces nouvelles méthodes de soins. Au vu de l’efficacité des résultats, il faudra sûrement agrandir les lieux du centre spécialisé puisqu’en France, près de 6 millions de personnes souffrent de douleurs neuropathiques.

 

© La Provence - Fabien Cassar - Lundi 06 janvier 2020