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3% des femmes sont touchées par l’hypermérèse gravidique en France

"À la souffrance physique s’ajoute une souffrance psychologique."

Hypermerese gravidique

Avoir des nausées pendant les premiers mois de grossesse est un mal désagréable mais très fréquent chez la femme enceinte. On estime qu’une femme sur deux sera touchée au cours de sa grossesse. En général, ces symptômes principalement matinaux, disparaissent une fois le premier trimestre dépassé. Mais,dans 2 à 3% des cas,ces nausées perdurent bien au-delà des premières semaines de grossesse et gâchent la vie des futures mamans. Pire, certaines vivent un véritable calvaire. Daphné a 34 ans quand elle tombe enceinte de son premier enfant. Mais quelques jours après l’annonce de cette "merveilleuse nouvelle", le début de "l’enfer" commence. Les nausées et vomissements deviennent son quotidien. "Chaque jour,c’était pire jusqu’à devenir insoutenable. À l’époque, mon gynécologue m’explique que je ne peux prendre aucun traitement, que je dois être patiente, que de toute manière,ça ne durera pas plus de 3 mois. Son seul conseil, fractionner mes repas et me reposer."

   Trois mois plus tard, l’état de Daphné ne s’est pas amélioré."Chaque journée me paraissait une éternité, raconte la jeune femme. Peu à peu, je sombrais dans la dépression. Prendre la douche était au-dessus de mes forces à cause de ma fatigue. Me brosser les dents était un calvaire."Elle consulte un second médecin qui lui prescrit un antiémétique. "Malgré les 3 injections par jour, mon état était stationnaire."On lui conseille de se changer les idées. Mais pour Daphné, sortir et se balader est"mission impossible". Elle fait de la résistance mais chacune de ses sorties se solde par un échec. Retour à la case maison. "J’ai alors compris qu’il fallait que je subisse la situation jusqu’au terme de ma grossesse."

   Elle perd du poids. Beaucoup trop de poids. Elle est finalement hospitalisée. "Je ne supportais aucune visite à part celles de mon mari et de ma mère. Parler me fatiguait, regarder la télévision et lire augmentaient mes nausées." Elle n’a même plus la force de répondre au message téléphonique qu’on lui envoie. "Seule dans le noir" de sa chambre, elle regarde le temps passer.
   À l’hôpital,la piste psychologique est évoquée. "La psychologue qui venait me voir tous les jours m’expliqué que mes vomissements signifiaient le rejet de mon futur bébé. D’après elle, je n’étais pas prête à enfanter. À mots couverts, elle m’a fait comprendre que je pouvais encore avoir recours à une interruption volontaire de grossesse (IVG). J’étais faible et fragile mais pas au point de commettre l’irréparable, dénonce-t-elle.

   Elle croise enfin un gynécologue de garde qui comprend sa souffrance et lui donne un traitement qui la soulage "un peu" des nausées. Elle entend parler alors d’hypermérèse gravidique, une forme sévère des vomissements de la grossesse. Une maladie dont a souffert la princesse Kate Middleton et qui a permis d’être mis sous les feux des projecteurs. "Mais ce n’est pas suffisant, on se sent abandonné. À la souffrance physique s’ajoute une souffrance psychologique."

   Mélina Raylet, gynécologue à la clinique Bouchard à Marseille,en convient,l’hypermérèse gravidique est mal connue et, souvent, mal prise en charge car peu fréquente."Dans 99% des cas,les nausées liées à la grossesse disparaissent en général après le premier trimestre, explique-t-elle. Seulement 1% de ces femmes souffrent tout au long de leur grossesse. On parle d’hypermérèse gravidique quand il y a des vomissements incoercibles, des nausées persistantes, une perte de poids, une déshydratation et un impact sur la qualité de vie, détaille le docteur Raylet. Certaines études évoquent une sensibilité hormonale. De même, on parle aussi de mécanismes métaboliques, environnementaux, ethniques ou psychologiques."

   Concernant le traitement,il y a peu de solutions."Les risques de déshydratation et de carence, notamment en vitamine B9 sont importants. Il faut les éviter et les anticiper. On préconise des supplémentations vitaminiques.On conseille de manger en fractionner et l’apport de boissons sucrées peut aider. En revanche, des médicaments classiques qui évitent les vomissements, ne fonctionnent pas suffisamment. Parfois, on est amené à utiliser un antiémétique (anti-vomissement) très puissant, comme ceux utilisés dans les traitements du cancer. Il faut surtout écouter leur détresse."

   Autre piste,les méthodes de relaxation comme l’hypnose ou la sophrologie. "Globalement ce n’est pas magique mais si ça aide à passer ce cap difficile pourquoi pas, conclut le docteur Raylet.

   Si Daphné est aujourd’hui maman de deux enfants, elle poursuit son combat contre l’hypermérèse gravidique. Elle est devenue la responsable régionale de l’Association de Lutte Contre l’Hyperémèse Gravidique, fondée en 2018, par deux jeunes femmes victimes de cette maladie.

© Florence COTTIN,  La Provence Alpes -  24 février 2020