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Mobilisée depuis le tout début de l’épidémie aux côtés de l'hôpital public,la clinique privée de Claude Bernard enregistre elle aussi une baisse encourageante de son activité liée au Covid-19. Son directeur, Gabriel Giacometti,très reconnaissant, tire les premières leçons de cette crise et entrevoit des lendemains différents.

Où en est la situation dans votre établissement ?

« Depuis dix jours, nous avons atteint un plateau. Et depuis mercredi 15 avril, l'activité réanimation est en décroissance. Si tout va bien, et sous réserve qu'il n'y ait pas de seconde vague liée notamment à un relâchement, je pense pouvoir fermer six lits de réanimation (sur 14 dévolus aux patients Covid contre 8 avant la crise, ndlr) d'ici la fin de cette semaine. »

Peut-on parler d'une reprise «normale»de l'activité ?

« Nous nous y préparons, mais il ne faut cependant pas oublier que nous sommes toujours sous couvert de l'arrêté de l'ARS (Agence régionale de santé, ndlr) du 13 mars dernier. Seules les opérations urgentes reprennent. Un comité de médecins se réunit chaque jour pour étudier individuellement chaque cas. Si on estime qu'un patient perd des chances de guérison, nous l'opérons. Certaines interventions programmées mi-mars sont devenues urgentes. Mais tant que nous serons en confinement, nous ne devons pas jouer avec le feu. Prendre le risque de reprogrammer l'ensemble de nos activités, c'est risquer que l'épidémie reprenne. Il ne faut pas oublier que notre personnel, même s'il a une capacité de résilience énorme, est aussi très fatigué physiquement et usé psychologiquement. L'hôpital doit reprendre des forces d'abord, et remettre à jour ses équipements. »

Quand le temps sera venu, des choses vont-elles devoir changer sans délai ?

« Dans un premier temps, nous allons exclure les chambres doubles, certaines prises en charge. Nous imposerons une distanciation dans les salles d'attente et inviterons les patients à porter des masques. Cette crise va nous contraindre à pérenniser les gestes barrières pour une durée indéterminée. Nous allons devoir nous accommoder d'un virus qui risque de perdurer. »

Quels ont été les ratés et qu’est-ce qui, au contraire, a fonctionné ?

« Nous ne pratiquerons plus la médecine comme nous la pratiquions il y a deux mois, c'est une évidence. Ce qui a péché, c'est un manque évident de moyens de protection. Nous avons tous souffert de cela. Heureusement que nous avons pu bénéficier du soutien d'entreprises, de la plus petite aux plus grandes, qui nous ont offert des masques. D'autres ont apporté des repas au personnel.Je tiens à tous les remercier pour cet élan de solidarité. Cette crise a totalement estompé les frontières, déjà minces culturellement, entre public et privé. Nous avons fait front ensemble pour faire barrage à la pandémie. »

Quelles leçons en tirer à l'avenir ?

« On ne sait ni quand ni où ni dans quelle mesure aura lieu une nouvelle épidémie. Une chose est sûre : il faut l'anticiper,tant au niveau de l'Etat que de nos établissements. Nous allons devoir changer de paradigme, aller d'un système à flux tendus à une gestion de stocks. Collectivement, nous ne sommes pas excusables de ne pas avoir eu les moyens de protéger nos patients et nos soignants. Nous allons tirer les conséquences de cet épisode. Le projet de reconstruction que nous portons à Maizières-lès-Metz en tiendra compte. Les futurs bâtiments devront être encore plus modulaires que ceux que l'on connaît aujourd'hui. »

© GF, La semaine 23/03/20