#Actualité Médicale
mar 01/09/2026
La maladie rénale, la grande oubliée de l’Histoire et d’aujourd’hui.
Pour le 310ème anniversaire de la disparition du Roi-Soleil, une étude publiée dans la revue BMC Nephrology propose une relecture de la maladie ayant conduit à sa mort, et éclaire une maladie qui, hier comme aujourd’hui, passe trop souvent inaperçue.
1. Une relecture médicale de la mort du Roi-Soleil
Le 1ᵉʳ septembre 1715, Louis XIV s’éteint à Versailles, officiellement d’une gangrène de la jambe gauche. Dans une étude publiée en mai 2026 dans la revue BMC Nephrology, le néphrologue Stanislas Bataille (Institut Phocéen de Néphrologie, Clinique Bouchard, ELSAN, Marseille) et le paléopathologue Philippe Charlier rouvrent ce dossier vieux de trois siècles.
En reprenant les sources historiques, ils proposent une nouvelle hypothèse : et si cette « gangrène » avait été la manifestation d’une calciphylaxie, complication rare et redoutable de l’insuffisance rénale chronique ? La calciphylaxie se présente sous la forme de lésions de nécrose qui partagent de nombreuses similitudes avec la gangrène, mais survient chez des patients atteints de maladie rénale. Or les témoignages historiques rapportent des lésions dont la localisation et l’évolution évoquent plutôt une calciphylaxie, et le souverain cumulait de nombreux facteurs de risque de maladie rénale, au premier rang desquels un très probable diabète et l’obésité.
Les auteurs ne prétendent pas réviser le diagnostic de gangrène, mais proposent une nouvelle hypothèse, cohérente avec ce que la médecine sait aujourd’hui.
2. L’insuffisance rénale, parent pauvre de l’Histoire
Au XVIIIème siècle, l’insuffisance rénale n’était pas connue comme entité diagnostique, et cela pour deux raisons.
D’abord, ses signes cliniques sont peu spécifiques : fatigue, perte d’appétit, nausées, œdèmes, confusion… autant de symptômes que l’on rattache aisément à mille autres causes.
Ensuite et surtout, les outils permettant d’en faire le diagnostic n’existaient pas. Le dosage sanguin de l’urée et celui de la créatinine, encore aujourd’hui indispensables au dépistage et au diagnostic de maladie rénale, ne sont apparus qu’au XIXᵉ siècle et ne sont devenus des examens de routine qu’au début du XXᵉ siècle, soit près de deux siècles après la mort de Louis XIV.
Faute de pouvoir la nommer ou la diagnostiquer, l’insuffisance rénale est ainsi restée le parent pauvre de l’histoire de la médecine jusqu’à très récemment.
3. Une maladie toujours trop peu connue, dépistée et diagnostiquée
Cette invisibilité n’a pas entièrement disparu. La maladie rénale chronique reste encore aujourd’hui largement sous-estimée, insuffisamment dépistée et diagnostiquée trop tard, y compris dans les pays occidentaux dotés d’un système de santé développé.
Dans le monde, en 2023, on estimait qu’environ 800 millions de personnes étaient atteintes de maladie rénale, contre 400 millions en 1990. En France, ce sont près de 3 millions de personnes qui sont atteintes de maladie rénale chronique (SFNDT, 2022), souvent sans le savoir : la maladie progresse en silence pendant des années et n’est découverte qu’à un stade avancé, parfois à l’occasion d’une complication grave. Or son dépistage repose aujourd’hui sur de simples examens de sang et d’urine dans les populations à risque.
La maladie rénale chronique représente aujourd'hui un enjeu majeur de santé publique, en raison de sa fréquence, de son impact cardiovasculaire et du risque d'évolution vers la dialyse ou la transplantation rénale. Actuellement 9ème cause de mortalité dans le monde, la maladie rénale chronique pourrait devenir la 5ème cause de mortalité dès 2040 selon plusieurs projections scientifiques internationales.
Pourtant, lorsqu'elle est diagnostiquée précocement, une prise en charge médicale adaptée associant des traitements médicamenteux à une bonne hygiène de vie (régime limité en sel, activité physique, lutte contre le surpoids) permet d'en ralentir significativement l'évolution et de réduire le risque de complications.
C’est tout le sens de ce détour par l’Histoire : trois siècles après la mort de Louis XIV, la maladie rénale chronique reste une maladie fréquente mais sous-diagnostiquée qui peut évoluer longtemps sans symptôme. Aujourd’hui, contrairement au XVIIIᵉ siècle, nous disposons des outils du dépistage, du diagnostic, et du traitement de cette maladie. Encore faut-il penser à les utiliser.
L’étude
Bataille S, Charlier P. Revisiting the death of Louis XIV: a nephrological perspective. BMC Nephrology, 2026 ; 27 : 341.
Accès libre : https://doi.org/10.1186/s12882-026-05010-z
Le Dr Stanislas Bataille
Néphrologue à l’Institut Phocéen de Néphrologie (Clinique Bouchard, ELSAN, Marseille), docteur en sciences, et auteur de nombreuses publications scientifiques, le Dr Stanislas Bataille est un spécialiste des maladies rénales avec une expertise reconnue sur la calciphylaxie.
A propos d’ELSAN
ELSAN, leader de l’hospitalisation privée en France, est présent sur l’ensemble des métiers de l’hospitalisation et dans toutes les régions de l’Hexagone pour offrir à chacun et partout des soins de qualité, innovants et humains. ELSAN compte 28 000 collaborateurs et 7 500 médecins libéraux qui exercent au sein des 212 établissements de santé et centres du groupe. Ils prennent en charge plus de 4,9 millions de patients par an. 2 Français sur 3 résident à moins de 40 km d’un établissement ELSAN. Agir et innover pour la santé de tous au coeur des territoires est la raison d’être du groupe. www.elsan.care.
Contact presse : Fanny Gire. Responsable communication mailto:. gire@elsan.care
Partagez
Contact
Pour plus d'informations:
news@elsan.care


