Dr BRASSAC

Boiterie, douleurs aux membres, pieds plats, genoux en X: les conseils du Dr Alexandra Brassac, chirurgienne orthopédiste pédiatrique à Toulon

Certaines pathologies orthopédiques sont fréquentes chez le nourrisson et le petit enfant, mais toutes ne nécessitent pas forcément une intervention, ni même une surveillance particulière, au moins jusqu’à un certain âge. C’est le cas pour les pieds plats par exemple. Parfaitement normal, à condition que cela ne persiste pas au-delà de trois ou quatre ans. Le Dr Alexandra Brassac, chirurgienne orthopédique pédiatrique à la clinique Saint-Michel à Toulon, fait le tour des troubles les plus courants et des recommandations en la matière.

Des pathologies congénitales à dépister dès la naissance

Plusieurs pathologies doivent être dépistées à la naissance ou dans les premiers mois de vie du nourrisson.

C’est le cas, explique le Dr Brassac, de la luxation congénitale de hanche. « Les facteurs de risque sont connus : antécédents familiaux, manque de place pour le bébé dans l’utérus (grossesses gémellaires, gros poids de naissance), anomalie de mal position, en siège notamment, associée souvent à un torticolis congénital. » Un examen, clinique régulier doit être réalisé jusqu’aux trois ou quatre mois du nourrisson, pour vérifier l’abduction (le bon écartement) des deux hanches et rechercher les signes d’instabilité. « Au moindre doute clinique, souligne l’orthopédiste pédiatrique, la HAS recommande une échographie à l’âge d’un mois. Mais si l’anomalie est repérée dès la naissance, l’orientation est immédiate. Elle impose le port d’un lange câlin (photo) ou d’un harnais de Pavlik pour maintenir écartées les cuisses du nouveau-né. »

 

lange bébé

 

Le torticolis congénital, quant à lui, se traite avec de la kinésithérapie. Autre anomalie orthopédique congénitale, le pied bot est normalement dépisté avant la naissance.

Quant à la paralysie obstétricale du plexus brachial, elle est directement liée aux complications de l’accouchement. Il s’agit d’un étirement entre l’épaule et le cou qui crée une paralysie partielle ou complète du membre supérieur. Il faut parfois opérer les paralysies complètes pour parvenir à une totale récupération. Cette complication impose une surveillance de l’orthopédiste durant le premier mois de vie.

Derrière une boiterie…

Même non fébrile (elle relève alors de l’urgence, lire ci-dessous), toute boiterie doit être explorée avec un bilan radiologique et un examen clinique. « Le diagnostic dépend beaucoup de l’âge de l’enfant », explique le Dr Alexandra Brassac. Chez le petit enfant, il peut s’agir d’un rhume de hanche ou synovite aiguë transitoire de la hanche, une affection bénigne qui régresse le plus souvent de façon spontanée. Entre quatre et dix ans, la boiterie peut être le signe d’une ostéochondrite primitive de la hanche. « C’est un défaut de vascularisation de la tête fémorale qui conduit à sa destruction partielle et qui doit être prise en charge. Le plus souvent, repos et éventuellement traction, parfois durant plusieurs mois, permettent une reconstruction naturelle. L’objectif est d’éviter les séquelles. Si l’évolution est défavorable, il faut opérer. » Autre cause de boiterie chez l’enfant à partir de neuf dix ans et jusqu’à la fin de la croissance : l’épiphysiolyse de hanche, un glissement de la tête fémorale sur le col du fémur, soit chronique, soit aiguë (elle mime alors une fracture du col du fémur). Dans les deux cas, une intervention chirurgicale est nécessaire.

Troubles de la démarche : souvent anodins

Voilà qui affole parfois les parents : bébé a les pieds qui tournent, les genoux en X. Le Dr Alexandra Brassac rassure. « Globalement, jusqu’à l’âge de deux/trois ans, tout est admis sur les membres inférieurs : les pieds en dedans ou rotules en dedans sont dus à l’hyperantéversion du col fémoral. Il y a aussi des défauts d’axe : genu varum (jambes arquées) et plus tard, entre trois et six ans, le genu valgum (jambes en X avec les genoux tournés vers l’intérieur) sont aussi assez habituels. Il n’y a pas de traitement nécessaire, sauf si on constate une asymétrie, si c’est douloureux ou si ce positionnement entraîne une gêne fonctionnelle, des chutes fréquentes par exemple. Ce qui relève d’un avis spécialisé, avec un examen clinique. » Même chose pour les pieds plats. « La plupart des petits ont les pieds plats jusqu’à trois/quatre ans et dans 99 % des cas, cela se corrige tout seul. Il faut consulter seulement si cela persiste. »

 

troubles de la démarche

 

Scoliose : sous surveillance

Le dos d’un enfant doit être contrôlé par le médecin généraliste ou le pédiatre jusqu’à la fin de l’adolescence pour vérifier régulièrement l’absence de signe de scoliose. « En cas de scoliose, il faut faire suivre l’enfant par un spécialiste, soit un médecin rééducateur, soit un orthopédiste, conseille le Dr Brassac. Il posera la bonne indication : kinésithérapie ou port d’un corset, sachant qu’on peut stopper l’évolution de la scoliose avec un corset mais pas revenir en arrière… Le but étant bien sûr d’éviter une chirurgie lourde. »

Ça relève de l’urgence

« Toute douleur osseuse récurrente, unilatérale, sans facteur retrouvé nécessite un examen radiologique du segment incriminé pour éliminer une tumeur osseuse. Il ne faut pas se contenter de conclure à des douleurs de croissance » alerte le Dr Brassac.

Après tout traumatisme, il faut aussi consulter immédiatement le médecin généraliste ou un service d’urgence « quand il y a une douleur non calmée, une déformation, un œdème, une impotence fonctionnelle », signes évocateurs d’une fracture notamment.

Une consultation aux Urgences, chez le pédiatre ou l’orthopédiste s’impose également en cas d’apparition d’une difficulté à la marche ou d’une boiterie associée à de la fièvre. Se pose alors la question d’une arthrite (inflammation des articulations) ou d’une ostéomyélite (une infection osseuse) qui nécessitent un examen radiologique et un bilan biologique.

© « Orthopédie pédiatrique : Quand consulter ? », C. Martinat, Nice Matin, 14/03/2021

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