L’algodystrophie n’est pas une fatalité
Par le Dr Stéphane Audebert
L’épaule est l’une des articulations les plus pourvoyeuses d’algodystrophie. L’incidence de cette complication est d’environ 10 %. Une fois déclarée, il n’existe aucun traitement curatif spécifique. La Calcitonine n’a pas fait preuve d’une efficacité supérieure au placébo. Elle est de surcroît souvent mal tolérée et ne doit donc plus être prescrite. C’est en amont qu’il faut agir, en développant la prévention selon 4 axes principaux. Explications.
1. L’avènement de l’arthroscopie participe grandement à limiter la survenue des formes les plus graves (syndrome épaule/main) au profit de formes bénignes, transitoires, générant peu de séquelles fonctionnelles. Depuis 10 ans, 100 % des ruptures de coiffe opérées dans l’établissement ont bénéficié de cette technique.
2. Plusieurs publications ont montré que la Vitamine C réduisait significativement le risque d’algodystrophie. Le traitement doit être débuté de préférence 1 mois avant l’acte chirurgical, à la posologie d’1g par jour pendant 3 mois. Désormais, tous les patients opérés de l’épaule à la clinique du Cambrésis bénéficient de ce protocole.
3. Avant l’intervention, la présence d’une capsulite rétractile doit être soigneusement recherchée et traitée. En cas de raideur, même bénigne, il faut appliquer la tolérance 0, et reporter l’intervention. C’est une décision difficile à prendre, à fortiori face à une épaule hyperalgique et un patient en grande détresse. Un travail pédagogique est mené pour expliquer que le risque d’algodystrophie est maximal si l’on opère pendant « l’orage inflammatoire » et qu’il faut au contraire préparer l’épaule par le biais d’un traitement infiltratif et d’une rééducation spécifique.
4. À chaque étape de la prise en charge, une guerre totale doit être déclarée à l’encontre de la douleur. Tous les patients bénéficient d’un bloc interscalénique sous contrôle échographique, en complément de l’anesthésie générale. Ce bloc a pour but de supprimer l’information destinée au centre de la douleur, ce qui permet en quelque sorte d’opérer le patient « en mode furtif ». L’effet du bloc se poursuit en post opératoire pendant une dizaine d’heures.
Dès la sortie du patient, c’est au médecin traitant d’entrer en scène. Il doit ajuster et réévaluer régulièrement le traitement antalgique pour trouver le point d’équilibre entre tolérance et efficacité. Durant les 6 premières semaines, il faut savoir associer sans tabou, le Paracétamol avec les dérivés Morphiniques. Quant au kinésithérapeute, il doit adapter la rééducation au cas par cas et ne jamais débuter le réveil musculaire tant que l’épaule n’est pas globalement souple et indolore.
Cette coordination étroite entre les différents acteurs de santé devrait permettre à terme d’opérer la plupart des patients en ambulatoire.
