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Une idée révolutionnaire qui permet de réduire drastiquement les stomies

 

Le fonds d’accélération Sofinnova MD START III qui vient de nouer un partenariat avec le groupe d’hospitalisation privé ELSAN, a contribué au développement et au financement de huit sociétés dans le domaine des technologies médicales innovantes. Parmi elles, SafeHeal a été fondée par le Dr Charam Khosrovani, chirurgien viscéral et digestif à la Clinique Fontvert, établissement ELSAN à Avignon, qui fait partie des Hôpitaux Privés du Vaucluse. Ce dernier a en effet développé un dispositif qui pourrait être révolutionnaire, destiné à limiter le recours à la stomie. Il évoque pour nous les objectifs de ce by pass digestif, baptisé Colovac et les étapes de sa mise au point et revient sur les atouts de MD Start III pour l’accompagnement d’un tel projet.

JIM.fr : Vous êtes à l’origine du développement d’un dispositif dont l’objectif est de réduire le recours aux stomies, baptisé Colovac Vous avez été accompagné pour son déploiement par le fonds MD Start. Quelles sont les qualités de MD Start qui vont ont conduit à nouer un tel partenariat ?

Dr Charam Khosrovani - La recherche d’un partenaire financier m’a conduit à solliciter de nombreux incubateurs. Parmi eux, MD Start a montré de multiples atouts très attractifs pour le développement d’une innovation telle que Colovac. Dès notre première rencontre, j’ai pu constater qu’ils maîtrisaient de façon précise et fine les enjeux des dispositifs médicaux, ainsi que la problématique et les détails du projet. Un véritable travail de recherche préalable avait été réalisé en amont, ce qui constitue une qualité importante, qui est le reflet de leur recherche constante d’efficience. Ainsi, dès notre première rencontre, la façon de mettre en œuvre le projet, avec quels moyens financiers, technologiques, techniques et humains était déjà réfléchie. Cet entretien avait pour but de peaufiner les choses et également de connaître le concepteur, un élément évidemment fondamental.

JIM.fr : Quelle est la démarche de MD Start ?

Dr Charam Khosrovani - MD Start est une entité, dont la particularité, à l’instar de l’incubateur californien dont il s’inspire, est qu’à partir du moment où elle accepte un projet, elle le conduit. Bien sûr, le concepteur est pleinement associé, mais l’ensemble du fil organisationnel est guidé par MD Start. Sa force est de pouvoir déployer son action sur différents plans simultanément. Ainsi, il est nécessaire de sensibiliser les sous-traitants, les fabricants de dispositifs médicaux implantables, c’est à dire les ingénieurs, qui vont prendre en main le projet et proposer différentes solutions techniques. Parallèlement, l’étude clinique est préparée très en amont, à travers la sollicitation des équipes hospitalo-universitaires, afin de leur présenter la problématique et le concept. Toujours au cours de cette même phase, il faut prendre contact avec des investisseurs potentiels. En phase de pré-amorçage, MD Start dispose de fonds propres pour initier le projet, mais au-delà de la première phase, des fonds plus importants sont nécessaires. Aussi, des investisseurs sont sollicités par MD Start, très en amont. Le concept et l’état de son développement leur sont présentés mais aussi l’aspect du marché, les potentiels de développement. Ils sont ainsi mis dans des dispositions telles que si les premiers résultats sont probants, le processus de levée de fonds puisse être engagé facilement et rapidement. Le travail est également mené parallèlement pour assurer la visibilité du projet, non seulement médiatique, mais plus encore à travers la participation à des réunions et congrès scientifiques, ou encore à des conventions d’affaire. La force de MD Start est d’être capable de mettre toutes ces différentes actions en œuvre en même temps, avec un nombre pourtant restreint de personnes. Cette capacité de travail, cette réactivité, m’ont fortement impressionné et beaucoup plu. Il s’agit d’un savoir-faire précieux.

MD Start sait par ailleurs s’appuyer sur un réseau solide, suffisamment étendu et étoffé, constitué d’experts de bonnes qualités, qui peuvent les conseiller efficacement.
 

JIM.fr - Comment est née l’idée de Colovac ?

Dr Charam Khosrovani - Colovac est une innovation de rupture. Si nous arrivons au terme de son développement, il pourrait changer les pratiques pour toujours.

A quelle problématique répond ce dispositif ? La principale complication de la chirurgie colorectale et du cancer du rectum particulièrement est la déhiscence anastomotique qui peut se traduire par une fistule, par un abcès, etc. La phase à risque se situe dans les 10 premiers jours après l’intervention. Ainsi, en cas de déhiscence anastomotique le patient risque d’être réopéré dans les 10 jours qui suivent sa première intervention, qui souvent a été longue et difficile … Il s’agit d’une complication majeure, fortement redoutée par les chirurgiens, qui est associée à une mortalité et une morbidité très significatives. Elle est également fréquente, puisqu’elle concerne 15 % des chirurgies colorectales et 20 % des chirurgies du rectum. Plus la zone d’anastomose est proche de l’anus, plus la fréquence de la déhiscence anastomotique augmente. Aussi, toutes les anastomoses situées sept à dix centimètres de la marge anale sont de principe protégées : on pratique une dérivation en amont de l’anastomose, une stomie latérale, soit par une colostomie, soit une par une iléostomie. Dans les deux cas il s’agit d’une dérivation des gaz et des matières fécales en amont de la zone opérée, afin d’éviter un sepsis majeur en cas de déhiscence anastomotique. La dérivation ne supprime pas totalement le risque de déhiscence qui cependant est diminué à 8%, mais en diminue les conséquences délétères et peut permettre d’éviter les reprises chirurgicales. Bien que seuls 20 % des patients soient concernés par la déhiscence anastomotique et compte tenu des risques considérables de cette dernière, la stomie est proposée à tous. Cependant, la stomie est associée à une forte morbidité et grève de manière significative le confort du patient et son état psychique, et cela peut favoriser son isolement. Enfin, 20 % des patients garderont finalement leur stomie à vie, à cause d’événements intercurrents qui empêcheront la fermeture de leur stomie (comorbidités qui font que le patient n’est pas opérable notamment).

Passer de 100 % de stomies à 20 %

Tel est notre objectif avec Colovac : sélectionner les patients qui doivent bénéficier objectivement d’une stomie. L’idée est d’utiliser Colovac comme moyen de dérivation interne temporaire en place et lieu de la stomie pour protéger l’anastomose pendant 10 à 15 jours. Au terme de ce délai et en l’absence de déhiscence anastomotique Colovac est retiré. En cas de déhiscence anastomotique, Colovac serait alors remplacé par une stomie, le soin standard, permettant de protéger l’anastomose sur une plus longue durée et au patient de cicatriser. En tenant compte des éventuels échecs lors de l’utilisation de Colovac cela permettra d’atteindre l’objectif d’éviter la stomie chez 80 % des patients.

JIM.fr - Quelles ont été les premières étapes de conception de Colovac ?

Dr Charam Khosrovani - Témoin privilégié de mes patients affligés par leur stomie, Colovac est le fruit d’une insatisfaction, d’une frustration.

Un challenge simple et compliqué

La solution de la stomie bien sûr ne satisfait aucun chirurgien et d’autres avant moi avaient tenté l’aventure. Le concept de base repose sur l’idée de réaliser un by-pass par voie interne. Cependant, le challenge est à la fois simple et compliqué : comment maintenir le dispositif dans le colon le temps nécessaire pour que l’anastomose cicatrise ? La fixation ne doit pas être délétère pour l’intestin et elle doit être réversible. Voilà le défi auquel j’ai voulu répondre. Je me suis intéressé aux stents comme moyen de fixation de la gaine, parce qu’en chirurgie digestive, les stents sont utilisés depuis de nombreuses années, par exemple dans les cancers de l’œsophage.

Aujourd’hui les stents utilisés, notamment pour Colovac, sont des cylindres creux. L’intérêt du design de ces stents est leur souplesse : ils peuvent donc s’adapter aux segments de l’intestin où ils sont utilisés. Ces stents ont des diamètres et des forces radiales variables. Trois types de stents existent : les stents nus, couverts et partiellement couverts. Leurs différences concernent leur capacité d’ancrage, et donc leur risque de migration et leur facilité ou non de rétractation.

Associer force radiale et effet de collapse

Concernant Colovac, j’ai conçu en 2009 un premier dispositif avec un simple stent partiellement couvert. Nous avons commencé des essais chez l’animal en 2009 au sein du laboratoire d’expérimentation animale du Centre d'Enseignement et de Recherche Chirurgical (CERC), dirigé par le Pr Stéphane Berdah à Marseille. Très vite, au bout d’une dizaine d’essais, nous avons constaté un échec certain : les stents n’étaient pas fixés et étaient éliminés avec les premières selles. Il nous fallait améliorer l’ancrage. Cependant, il est impossible d’augmenter indéfiniment la force radiale du stent : au-delà d’un certain seuil, il existe un risque d’abimer les parois de l’intestin. Aussi, avons-nous eu l’idée de collapser les parois de l’intestin sur le stent. Il suffit pour cela de provoquer un vide autour du stent. Ainsi, a-t-on combiné l’effet radial du stent à l’effet de collapse afin d’améliorer l’ancrage du stent. Le concept design était donc modifié, non seulement en raison du système d’aspiration, mais aussi parce que nous avons utilisé un double stent (avec double paroi).

Ce deuxième prototype a commencé à être testé en 2010. Les résultats étaient de plus en plus encourageants, mais il a cependant été nécessaire d’opérer 80 animaux et une quinzaine d’itérations de Colovac pour aboutir à un dispositif qui reste 10 jours dans le colon avec un taux de migration faible, pas nul mais faible.

JIM.fr : Quelles ont été les étapes marquantes de votre collaboration avec MD Start ?

Dr Charam Khosrovani - Après l’initiation de notre collaboration en 2014, la société SafeHeal a été fondée. Grâce au soutien apporté par MD Start, un élément important du projet a pu être conçu : la mise au point d’un introducteur de Colovac, puisque jusqu’en 2014, rien n’avait été développé en la matière. Les essais ont donc continué et en 2017, nous sommes parvenus à une dernière itération de Colovac, connaissant un faible taux de migration avec son introducteur fonctionnel et n’induisant pas de traumatisme pour l’intestin. En 2017, cent animaux de plus avaient été opérés par rapport aux 80 dans la phase initiale. Enfin, nous avons pu réaliser la première implantation chez l’homme, à l’IRCAD (Institut de recherche contre les cancers de l’appareil digestif) de Strasbourg, fin 2017. Ces différentes étapes ont été permises grâce au fil conducteur établi de façon précise par MD Start. 

JIM.fr : Quels ont été les résultats des premiers essais cliniques évaluant Colovac ? De nouveaux essais sont-ils en cours ?

Dr Charam Khosrovani - Après cette première, nous avons démarré l’étude clinique Safe 1, sur quinze patients. L’étude a été conduite en collaboration avec l’IRCAD et les CHU Saint-Antoine et d’Anvers. Ce premier essai clinique avait pour objectif d’apporter la preuve de sécurité et d’efficacité du dispositif. Les résultats ont été publiés en 2019 : sur 15 patients, 70 % n’ont pas eu de stomie. Chez les patients stomisés, trois Colovac ont migré spontanément (taux déjà constatés chez l’animal), tandis que les autres ont développé une déhiscence anastomotique. Donc sur 15 patients qui tous auraient dû avoir une stomie, 70 % n’en ont pas eu. Ces résultats ont donné lieu à l’obtention d’une homologation européenne en avril 2019. Nous avons mis en place une nouvelle étude clinique, avec une nouvelle itération : cette dernière version de Colovac a un taux de migration inférieur à 5 % dans les études précliniques, tandis que des améliorations ont été apportées à l’introducteur. Le deuxième essai clinique est en cours et a inévitablement pris du retard en raison de l’épidémie. Aujourd’hui, nous comptons sept patients opérés. Une migration est à déplorer, probablement liée à une manœuvre de traction inopinée sur le tube d’aspiration, lors d’une manipulation du patient. Les autres malades n’ont pas développé de déhiscence anastomotique. Pour le moment, ils vont tous bien. Nous devons inclure au total une vingtaine de patients.

JIM.fr : Combien de patients pourraient selon vous bénéficier de Colovac ?

Dr Charam Khosrovani - Un audit réalisé au préalable par MD Start estime qu’en Europe et aux États-Unis, 300 000 patients par an pourraient bénéficier de Colovac.

JIM.fr : Quels autres dispositifs souhaitez-vous développer pour améliorer la prise en charge des patients nécessitant une chirurgie colorectale ?

Dr Charam Khosrovani - Je réfléchis en effet à d’autres dispositifs pour améliorer ma pratique et les soins, c’est dans mon ADN de concepteur d’être toujours en recherche perpétuelle. En chirurgie digestive, nous avons trois organes qui posent des problèmes d’anastomose : l’œsophage, le pancréas et le rectum. Les déhiscences anastomotiques après chirurgie de l’œsophage sont gravissimes, c’est le cauchemar des chirurgiens thoraciques. L’idée serait d’en diminuer les conséquences grâce à quelque chose de similaire à ce qui a été développé pour le rectum et un brevet est en cours d’élaboration.

JIM.fr : Que va vous apporter le soutien d’ELSAN au fonds MD START III ?

Dr Charam Khosrovani - Une notoriété certaine. Mais le plus important à mes yeux est de créer ou de faciliter l’innovation. Le parcours d’un inventeur dans ce domaine est très difficile. Malheureusement, nous n’avons pas en France, dans le secteur libéral, de guichet unique pour l’innovation. Alors qu’il en existe un pour le secteur public hospitalier (SATT). Le rapprochement entre MD Start et ELSAN peut être bénéfique pour pallier l’absence d’une telle entité. Il me semble que cela permet d’apporter un interlocuteur crédible. J’espère que cela sera un tremplin pour d’autres innovations. ELSAN a d’ailleurs mis en place une plateforme pour les médecins qui pratiquent au sein des établissements du groupe pour qu’ils puissent soumettre leurs idées. C’est ici.

JIM.fr : Quel conseil donneriez-vous à un jeune chercheur qui souhaiterait s’engager dans un projet tel que Colovac ?

Dr Charam Khosrovani - Les choses bien sûr sont extrêmement variables d’un projet à l’autre, d’une personne à l’autre. Cependant, il me semble qu’il existe un élément fondamental, sans lequel il est très difficile d’avancer, c’est la foi absolue et indéfectible dans ce que vous voulez réaliser. Le parcours d’un inventeur n’est jalonné que de doutes, de portes fermées, de refus. Face à ces obstacles, la persévérance est indispensable.

La permanence du concepteur me semble également très importante et c’est un élément également crucial pour MD Start. C’est indispensable de pouvoir garder le fil conducteur. Or, c’est le porteur du projet qui maîtrise son historique. Enfin, un conseil indispensable pour les jeunes chercheurs est de se méfier d’eux-mêmes : aucune censure n’est pire que l’autocensure.

Interview réalisée par Aurélie Haroche.

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