L'Anses alerte sur les dangers de la cigarette électronique pour la santé dans une étude de longue traîne
Depuis sa sortie en 2006 des laboratoires chinois Dragonite International, la cigarette électronique s'installe durablement dans l'espace public. Et pour cause : Santé Publique France constatait une proportion de vapoteurs adultes ayant doublé entre 2016 et 2024, pour atteindre 8,4 % de la population. Et ce alors même que la proportion de fumeurs de cigarettes "traditionnelles" chutait, dans le même temps, à 18,2 %. L'attractivité des produits n'y est pas étrangère : moins chers, plus sains en l'absence de combustion et de moult produits toxiques, effet de mode... Le vapotage s'est petit à petit imposé comme la meilleure option transitoire à l'arrêt du tabac fumé. La publication, ce mardi 4 février 2026, du rapport de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) sur les risques sanitaires liés à la cigarette électronique pourrait toutefois rebattre les cartes.

Que signifie "vapotage" ? Définition et présentation de la vapoteuse
Comme son nom l'indique, la cigarette électronique fonctionne grâce à un système électronique intégré. Une résistance activée par pression du doigt y chauffe un coton imbibé de liquide pour créer un aérosol. Le circuit électronique régule la température et la puissance à laquelle est vaporisé le liquide ainsi inhalé – d'où le terme de « vapotage » –, sous forme de particules très fines lors d'une pyrolyse.
Sur le long terme, ce mécanisme sans combustion a de quoi séduire les fumeurs actifs tentés d'arrêter. En 2016, un « Avis relatif aux bénéfices-risques de la cigarette électronique ou e-cigarette étendus en population générale » (actualisé en 2022) émanant du Haut Conseil de la santé publique lui-même se montrait positif quant à la généralisation du vapotage dans la démarche de sevrage tabagique. Les recueillies dans le cadre de l'enquête de l'Anses sur les pratiques relatives à la cigarette électronique révèlent, de fait, que « 87 % des anciens fumeurs sont des vapoteurs quotidiens ».
Composition : y a-t-il systématiquement de la nicotine dans une cigarette électronique ?
C'est pourtant dans la composition même du liquide de vapotage que l'agence pointe les premiers facteurs de risque rencontrés par les vapoteurs adultes. La composition des e-liquides inclut notamment, pour rappel :
- Une base, de l'ordre de 80 %, de polyols (solvants aux propriétés dissolvantes) propylène glycol, glycérine végétale ou 1,3-propanediol ;
- Divers additifs comme de l'éthanol, de l'eau ou des édulcorants ;
- De la nicotine, sous forme classique ou en sels, optionnelle mais présente dans la quasi-totalité des liquides (avec un dosage maximal légalement limité à 20 mg/L) ;
- Des arômes (plus de 1200 substances recensées).
Ces ingrédients ne constituent pourtant que la face visible de l'iceberg. Les quelques 3000 bases de littérature scientifique passées au crible par l'Anses ont en effet identifié une batterie de substances toxiques néoformées, donc en-dehors de la responsabilité des fabricants, lors du processus de chauffe :
- Des sous-produits irritants relâchés par certains arômes du fait de leur dégradation thermique ;
- Des traces, même infimes, de métaux provenant de la dégradation progressive des résistances (nickel, chrome, voire plomb) ;
- Des formaldéhydes, une famille d'aldéhydes habituellement libérées lors de la combustion du tabac, issues en l'occurrence de la pyrolyse.
Tout un éventail de composés à fort potentiel de toxicité sur le long terme, voire cancérogènes. « L'absence de combustion n'empêche pas la présence d'aldéhydes dans les émissions du vapotage, et l'inhalation de ces substances présente un risque sanitaire pour le vapoteur », renchérit ainsi le rapport.
La cigarette électronique est-elle dangereuse pour la santé ?
Puisque l'e-cigarette n'existe, concrètement, que depuis 20 ans, seuls ses effets à court termes ont pu être observés, à l'appui de la forte proportion de vapoteurs adultes (environ 8 Français sur 100 en 2024 d'après le Baromètre de Santé publique France). Les experts de l'Agence continuent par conséquent à faire preuve de prudence en l'absence de liens formels suffisants et de la disparité des parcours d'usage. L'analyse croisée des sources à leur disposition se veut toutefois préventive quant aux possibles conséquences du vapotage à long terme.
Effets respiratoires : la cigarette électronique est-elle dangereuse pour les poumons ?
Malgré l'insuffisance des données récoltées et le manque de recul nécessaire pour établir le lien de corrélation, l'étude pointe les risques potentiels du vapotage liés aux voies respiratoires. Irritations, toux ou sifflements laryngaux tendent à inciter à la vigilance vis-à-vis de l'asthme, de la bronchite ou de la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO).
Effets cardiovasculaires : davantage de symptômes pour de possibles maladies liées au vapotage
Les risques sur le système cardiovasculaire possiblement liés au vapotage figurent parmi les plus attentivement observés par l'Anses. Tout particulièrement par rapport à leur potentielle incidence sur la descendance des femmes enceintes vapoteuses.
- À court terme, les rapports internationaux redoutent, à l'instar du tabac, une augmentation transitoire de la fréquence cardiaque comme de la pression et la rigidité artérielles.
- Sur le long terme, ils appellent à surveiller de probables altérations de la fonction endothéliale ou de possibles maladies cardiovasculaires (hypertriglycéridémie, infarctus du myocarde).
Effets cancérogènes : un parallèle alarmant
Le processus cancérogène s'étale sur une durée parfois supérieure à la durée de vie actuelle de la cigarette électronique, créée, pour rappel, il n'y a que 20 ans. « À ce jour, aucune étude épidémiologique menée chez les utilisateurs de cigarette électronique n’a mis en évidence l’apparition de tumeurs », tempère ainsi Carole Leroux, épidémiologiste à l'Anses et coordinatrice de l'étude. Les aldéhydes étant toutefois formellement identifiées comme substances cancérogènes par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) depuis 2006, le rapport appelle à une vigilance accrue quant au vapotage comme facteur de risque.

Comment appréhender la cigarette électronique comme enjeu de santé publique ?
L'e-cigarette n'étant commercialisée que relativement récemment, l'Anses ne manque pas de souligner le manque de recul encadrant son étude. De ses observations se dégagent néanmoins quelques constats susceptibles de renforcer la prévention mise en place autour du vapotage, notamment chez les jeunes et vis-à-vis des problématiques d'addiction.
L'Agence appelle notamment :
- Pour les jeunes et les non-fumeurs, à éviter à tout prix de commencer, même en l'absence de tabagisme antérieur - et par conséquent, pour les pouvoir publics, au renforcement de la communication sur les risques.
- Pour les fumeurs, à limiter le vapotage à une démarche temporaire de réduction des risques pour arrêter de fumer, et à ne pas le coupler avec la consommation de tabac.
- Pour les vapoteurs, à se limiter au matériel agréé pour la vente et renoncer au vapotage "do it yourself" (risques de surdosage nicotinique et d'intoxication accrus).
- Pour les femmes enceintes, à préférer l'arrêt du tabac par le biais de substituts nicotiniques cliniquement validés.
« Aucune catégorie d’effet ne dépasse, en gravité ni en niveau de preuve, celles observées pour le tabac fumé », conclut d'une même voix le collectif de chercheurs au terme des presque 700 pages de son rapport. Ce qui promet une observation d'autant plus attentive autour de la cigarette électronique, au moins jusqu'à la connaissance précise de ses effets à long terme.
Questions fréquentes sur le vapotage
Vaut-il mieux fumer ou vapoter ?
La présence avérée d'une quantité bien plus importante de substances toxiques dans le tabac fumé appelle à favoriser la cigarette électronique. C'est d'ailleurs l'avis des professionnels de santé affiliés à l'Anses : « L’enquête conclut donc que la vapoteuse peut être utilisée pour arrêter de fumer, mais elle doit rester une option transitoire », estime Benoît Labarbe, chef de l’unité d’évaluation des produits du tabac et produits connexes au sein de l'institution.
Que pensent les pneumologues de la cigarette électronique ?
Si les pneumologues tendent à reconnaître l'utilité de la cigarette électronique dans le cadre du sevrage tabagique, leur scepticisme cantonne cet avis au stade du dernier recours. « L’utilisation de la cigarette électronique ne peut être acceptée que dans le cadre de tentatives de sevrage tabagique chez des personnes qui ont déjà essayé d’arrêter avec des moyens validés », insiste notamment Nicolas Roche, chef de service en pneumologie à l'hôpital Cochin, ajoutant que « Toute autre utilisation doit être proscrite ».
Le vapotage sans nicotine représente-t-il également un danger ?
Oui, même si les risques sont différents de ceux liés à la nicotine. Ils proviennent tout particulièrement des substances libérées par l'aérosol des cigarettes électroniques. Notamment les aldéhydes, dont la libération ne dépend pas de la nicotine. Celle-ci ne fait que rajouter un risque d'addiction, sans le départir des potentiels effets respiratoires ou cardiovasculaires liés au geste du vapotage.
Et la puff ? Est-elle aussi dangereuse pour les poumons ?
Qu'est-ce qu'une puff ? Il s'agit tout simplement d'une cigarette électronique jetable, non rechargeable. Ce qui ne la rend pas moins nocive; à certains égards, notamment du fait de l'attrait qu'elle provoque chez les jeunes, elle peut même l'être davantage.
À quelle température se produit la pyrolyse dans une vapoteuse ?
La résistance d’une cigarette électronique chauffe généralement entre 180 °C et 315 °C, selon la puissance réglée, le type de résistance et l’appareil utilisé. Les modèles équipés d'un contrôle de température limitent souvent la chauffe autour de 200 à 260 °C afin d'épargner au vapoteur l'inhalation des composés métalliques susceptibles de se détacher de la résistance.
Article écrit le 05/02/2026, vérifié par Lothaire Berthier