Un couvre-feu s’impose

Au bout d'une année de crise sanitaire et d'incertitude quant à l'avenir, on savait déjà que les Français n'étaient pas au mieux de leur forme. L'enquête (*) commandée par l'Institut national du sommeil et de la vigilance (INVS) et la mutuelle MGEN, à l'occasion de la 21 e Journée du sommeil, enfonce le clou. « 45 % des Français ont présenté un trouble du sommeil et 26 % une moins bonne qualité de sommeil durant le deuxième confinement ».

Cette dégradation du sommeil et de sa qualité, Nicolas Vitello, neurologue au Centre santé et sommeil de La Pergola, à Vichy, la constate quotidiennement. Et même depuis le début de la crise sanitaire. « Il y a eu une aggravation des troubles du sommeil des Français, mais aussi partout dans le monde ».

Les raisons sont multiples, explique le médecin. Si beaucoup, privés de tout ou partie de leur activité professionnelle, « se sont couchés plus tardivement », ont « augmenté leur temps de sommeil », ce n'est pas pour autant qu'ils ont mieux dormi, au contraire. « Le stress lié à la survenue de l'épidémie, la peur d'être malade, la surconsommation d'écran déjà amorcée avant la crise dans un contexte d'hyperconnexion, tout cela a été problématique pendant les confinements », note Nicolas Vitello.

L'étude de l'INVS pointe également des troubles plus importants chez les personnes qui ont été infectées par le coronavirus. « La maladie a un impact important sur le sommeil », explique le neurologue, qui précise que « bien dormir renforce les défenses immunitaires ». La question demeure, selon le spécialiste : « Est-ce que le fait de mal dormir a fragilisé les patients avant la maladie ? » Il assure qu’« un sommeil de bonne durée et de bonne qualité permet de mieux résister aux infections ». Car c'est, insiste Nicolas Vitello, « le sommeil long profond » qui « permet de sécréter les défenses immunitaires de l'organisme ».

Les patients « qui ont eu des formes sévères et même plus légères de Covid présentent une augmentation des troubles du sommeil et une plus grande fatigabilité », note encore le médecin, non sans indiquer que l'on ignore qui du stress ou de la maladie est à l'origine de ces maux.

Autres catégories de la population les plus atteintes par les effets de la crise sanitaire : les plus jeunes et les femmes. L'étude montre « un score de fatigue de 5,1 sur 10 au cours du 2 e confinement, plus élevé chez les femmes (5,4) ainsi que chez les moins de 25 ans (5,7) ». Selon le spécialiste, « ces populations présentent généralement plus de troubles du sommeil ». En situation de crise, ce sont donc elles qui voient leur état se dégrader de façon plus symptomatique.

Face à la diversité des causes et des symptômes (insomnie, hypersomnie, réveils nocturnes, etc.), améliorer un sommeil perturbé, « cela se fait au cas par cas », affirme Nicolas Vitello, qui a vu ces derniers mois le nombre des consultations sur le sujet s'accroître de façon considérable, et plus particulièrement de la part des plus jeunes.

Pour le neurologue, « il faut apprendre à gérer son sommeil. Nous leur donnons les clés pour avoir un sommeil de meilleure récupération ». Cela peut passer par « des thérapeutiques mais aussi par des conseils d'hygiène de sommeil et d'hygiène de vie ». Bien s'alimenter, pratiquer une activité physique, sortir, bien gérer ses rythmes de travail, ne pas stagner devant un écran sont autant « de comportements pour bien dormir ». « Il faudrait vraiment imposer un couvre-feu digital », conclut Nicolas Vitello, « pour préparer son sommeil dès que l'on rentre chez soi et minimiser l'hyper éveil qu'entretiennent les écrans », principalement ceux des téléphones et des tablettes. Une solution simple : tout stopper « deux heures avant l'heure du coucher, car cela devient extrêmement problématique, surtout chez les enfants et les adolescents ».

(*) Questionnaire OpinionWay du 8 au 15 janvier 2021 auprès de 1.010 personnes âgées de 18 à 65 ans, représentatives de la population métropolitaine.

© « L'occasion de trouver des clés pour mieux récupérer », La Montagne, 19 mars 2021

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