Transferts de patients Covid dans le Dunkerquois : les établissements de santé font équipe par La Voix du Nord
Le pic épidémique qui frappe la région dunkerquoise depuis un mois a jeté tous les établissements de santé du territoire dans le même bateau : celui de l’urgence et de la saturation face à la vague de malades du Covid 19. La solidarité s’exprime surtout à travers les transferts de patients. « Les liens entre nous sont plus solides, il n’y a pas que du mauvais dans cette crise », témoigne un médecin.
« Est-ce qu’on a de la place pour un nouveau malade Covid ? Oui oui, c’est bon. » Un coup de fil d’un confrère de la polyclinique de Grande-Synthe (PGS), lundi après-midi, un coup d’œil sur l’occupation des lits, et l’affaire est faite : d’ici une à deux heures, un 19e patient intégrera l’unité Covid de la clinique de Flandre, dont Kamal Diab est le médecin référent. « On avait moins de malades durant le premier confinement. Là, il y a une vraie pression, on est à flux tendus depuis quinze jours », témoigne-t-il. Le service, qui compte 20 lits, est quasiment à saturation. « On n’accueille presque plus de malades de ville non Covid. Et on a dû diminuer l’activité dans le service SSR (soins de suite et de réadaptation) pour récupérer des ressources humaines. »
Comme tous les autres établissements de santé du littoral, la clinique de Flandre, qui appartient au groupe Elsan*, « fait sa part » dans la lutte contre le coronavirus. Elle a accueilli 63 patients Covid depuis début janvier, dont 46 transferts en provenance du centre hospitalier de Dunkerque (CHD). « Il y a une réelle coordination public-privé, que la crise sanitaire a amplifiée en volume et en qualité », estime son directeur, Alexandre Coste. Kamal Diab confirme : « On a davantage accès les uns aux autres, les liens sont plus solides et plus fluides ».
Kamal Diab est le médecin référent du service Covid de la clinique de Flandre, à Coudekerque-Branche. Photo Marc Demeure - VDNPQR
La PGS, qui n’accueille que les patients Covid les plus âgés (lire par ailleurs), l’a constaté d’une autre manière : « Les réunions de coordination nous permettent, nous, de limiter les transferts. Le Samu 59, et à travers lui les pompiers et les ambulances, savent désormais qu’ils doivent nous orienter exclusivement des patients Covid de plus de 75 ans », illustrent Grégory Prevost, responsable infirmier des urgences, et Marielle Stivalet, directrice administrative et financière.
L’établissement avait l’habitude de travailler en réseau, notamment avec le CHD « mais la coopération est aujourd’hui plus forte et plus serrée ». Une chance, face à une vague de cette ampleur : la PGS a pris en charge 135 patients Covid depuis début janvier – contre 164 en 2020 –, dont 28 sont décédés. Elle en accueille 32 à ce jour, « notre maximum. Car contrairement à la première vague, on a encore pas mal d’entrées hors Covid. La charge de travail est réellement augmentée. »
* Comme la clinique Villette de Dunkerque qui, elle, n’abrite pas de service Covid.
Complémentarité
Chaque établissement du territoire s’est positionné sur un profil de patients : au centre hospitalier de Dunkerque, les urgences les plus critiques, puisqu’il est le seul à disposer d’un service de réanimation ; à la polyclinique de Grande-Synthe, les malades les plus âgés (plus de 75 ans) ; à l’hôpital maritime de Zuydcoote, ceux ayant besoin de rééducation (respiratoire, musculaire) suite à un séjour en réanimation, par exemple ; tandis que la clinique de Flandre accueille les autres patients Covid.
Actuellement, des visioconférences ont lieu trois fois par semaine entre les établissements de la côte d’Opale pour faire le point sur les capacités et les besoins en matière de prise en charge des patients, mais aussi de vaccination. Mais les remontées d’information sur le taux d’occupation des lits, les sorties prévues, etc. sont quotidiennes. Tous les quinze jours, des réunions physiques associent, en plus, des représentants des laboratoires et de la médecine de ville.
138 patients transférés depuis début février
Depuis le 1er février*, le centre hospitalier a transféré 138 patients Covid et non-Covid vers d’autres établissements de santé du territoire. Parmi eux, 92 nécessitaient une prise en charge réanimatoire, et 46 une hospitalisation conventionnelle.
« La région fait du transfert préventif pour garder un peu de places sur site pour prendre en charge les malades les plus aigus et ceux qui ne sont pas transférables. C’est ça aussi la difficulté, il faut faire le choix des patients que l’on peut techniquement transférer sans prise de risque supplémentaire », explique le docteur Thierry Paupard, président de la commission médicale d’établissement du CHD. À chaque fois, l’accord de la famille est recherché.
« Les transferts vers des services de réanimation du territoire existent en temps habituel, évidemment dans des proportions bien moindres », rappelle Justine Leibig, directrice par intérim, qui salue « une solidarité territoriale spontanée et pragmatique ».
* Chiffres CHD arrêtés au jeudi 4 mars. Pour comparaison, entre juillet et fin décembre 2020, le CHD avait transféré au total 55 patients atteints du Covid.
Le quatrième étage de la clinique de Flandre a été transformé en unité Covid de vingt lits.
© La Voix Du Nord - 6 mars
