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Une sage-femme de l’hôpital privé Saint-Claude, à Saint-Quentin, accompagne les femmes enceintes et fumeuses. Dans l’Aisne, elles sont 30% à ne pas écraser cette dépendance.

 

« Nous ne sommes pas là pour stigmatiser mais pour que les femmes fumeuses comprennent les risques à continuer de fumer pendant une grossesse. » Anne-Sophie Tant est sage-femme à l’hôpital privé Saint-Claude (établissement du groupe Elsan). Titulaire d’un diplôme en addictologie, elle réalise des consultations au sein de l’établissement.

 

Selon les chiffres, dans l’Aisne, 30 % des fumeuses enceintes n’arrêtent pas la cigarette pendant leur grossesse. La moyenne nationale est de 20 %. «  Toutes les cigarettes ont un impact sur le fœtus, explique la sage-femme. L’impact est plus ou moins grave en fonction de la dose et du type de tabac. Certaines femmes peuvent fumer 30 à 60 cigarettes par jour. »

 

Sophie, la trentaine, n’a pas réussi à s’arrêter pendant la grossesse. Au maximum, elle fumait huit cigarettes par jour (jusqu’à 15 avant la grossesse). Toujours dans l’intimité. « Jamais dans la rue. Et même en public restreint. On nous juge, on nous juge forcément un peu. Et c’est compliqué parce qu’on culpabilise. On sait qu’on fait du mal à notre bébé alors qu’il n’est pas né.  » Quelques réflexions du genre : «  T’as déjà fumé tout à l’heure  » ou «  tu es sûre que celle-ci tu en as besoin. » La jeune maman enchaîne : « Tout le monde savait autour de moi. Sauf ma mère. Elle est complètement antitabac et je savais que j’allais me faire engueuler. »

 

Des risques importants

Idem pour Gwendoline. «  Je ne fumais pas devant les gens. En soirée, j’allais me cacher pour fumer. On sait que ce n’est pas bien. » Lors de sa première grossesse, la Saint-Quentinoise avait ralenti à deux cigarettes par jour. «  J’ai complètement arrêté à six mois et demi de grossesse… J’ai accouché prématurément. » Pour son deuxième enfant, elle n’en fumait « que » cinq par jour. «  Je les cassais en deux pour que ça fasse encore moins.  » Mais impossible d’arrêter complètement. Se faire aider pour arrêter ? Sophie n’y a pas pensé et Gwendoline n’a pas cherché. Le gynécologue leur a conseillé de réduire par un «  tant que ça reste raisonnable  ». «  C’est une addiction, reprend Anne-Sophie Tant. La nicotine crée une accoutumance qu’il faut diminuer progressivement. »

 

La sage-femme insiste sur les dangers. «  Décollement placentaire, rupture de membrane voire mort fœtale au troisième trimestre. » Le retard de croissance est une des conséquences les plus connues. «  Et ça, ça ne choque pas toujours les mamans fumeuses au prétexte que ça fait un petit bébé  et un petit bébé, c’est mignon.  » (…)

La sage-femme de la policlinique essaie d’accompagner les futures mamans. Un rendez-vous dès l’annonce de la grossesse. «  C’est souvent une motivation pour arrêter de fumer. C’est d’ailleurs une démarche personnelle. On ne peut pas obliger quelqu’un. Il faut réapprendre à vivre sans la cigarette  », explique Anne-Sophie Tant, elle-même ancienne fumeuse.

 

Plus problématique encore, les femmes toxicomanes. Elles sont renvoyées vers une structure adaptée. «  Ce n’est pas une sage-femme qui peut les aider. Si elle se présente, je les réoriente. C’est aussi le but de travailler en réseau pour accompagner au mieux les femmes pendant leur grossesse. »

 

Qu’en est-il au centre hospitalier?

Nous avons fait une demande pour connaître les dispositifs mis en place à la maternité du centre hospitalier pour aider les femmes enceintes qui souhaitent arrêter de fumer. Notre demande est en cours de traitement. Pour plus de rapidité, nous avons téléphoné à la maternité. Prétendument enceinte (deux mois) et fumeuse (quinze cigarettes par jour), notre interlocutrice nous explique qu’il n’y a pas de consultation officielle. « Mais une collègue a fait une formation. Vous pouvez la rencontrez. » Elle estime qu’il serait « mieux de se rapprocher du médecin traitant ». Lorsque l’administration de l’hôpital répondra à notre demande nous ne manquerons pas de nous en faire le relais dans nos colonnes.

 

© Le Courrier Picard – Par ALICE MEUNIER